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Apple investit des millions à Genève pour sa future enseigne

Mardi, août 12th, 2008

A chaque fois qu’elle ouvre un Apple Store, l’entreprise d’informatique dépense une fortune pour s’assurer les meilleurs emplacements. Un premier magasin ouvrira à la rue de Rive cet automne, suivi de deux autres à Zurich.#Par Cyril Jost - Bilan No.250 - 21.05.2008

Steve Jobs et son équipe ne font pas les choses à moitié. En ouvrant un Apple Store à Genève (le deuxième en Europe continentale après celui de Rome), l’entreprise de Cupertino investira des millions de francs ces prochains mois pour asseoir durablement son image en terre helvétique.

D’abord, il y a l’emplacement. Le magasin qui ouvrira ses portes en septembre ou octobre prochain sera situé rue de Rive 4, à quelques enjambées des magasins huppés de la rue du Rhône. Les travaux de transformation de l’ancien cinéma Hollywood avancent à l’abri des regards indiscrets, derrière une énorme boîte noire qui recouvre la façade de l’immeuble sur deux étages.

Comme le veut la tradition Apple, aucune information officielle n’est livrée aux médias. Au siège suisse de la société, on ne communique rien sans l’aval du big boss d’Apple Europe, Pascal Cagny. Il faudra plusieurs jours pour obtenir cette simple confirmation: oui, un Apple Store ouvrira à Genève cette année.

Chanson tous les matins
Le magasin genevois sera petit: il occupera moins de 200 m2 au sol, à peine un dixième de l’Apple Store situé sur la Fifth Avenue à New York. Mais le géant de l’informatique serait en train de monter une campagne de promotion «à plusieurs millions de francs» pour accompagner le lancement de son magasin genevois. Selon une source bien informée, «la ville entière sera recouverte d’affiches». Il est de notoriété publique qu’un Apple Store peut tourner à perte, car sa fonction première est de donner de la visibilité à la marque.

A Genève, le client sera plus que chouchouté: pas moins de soixante personnes devraient travailler au magasin de la rue de Rive. Le processus de recrutement est en marche depuis plusieurs mois, via le site Internet d’Apple. Trois séances de sélection ont déjà eu lieu avec, à la clé, projections de vidéos d’entreprise quasi sectaires et présentations à rallonge sur les possibilités d’avancement au sein du groupe. «On a l’impression d’être chez Disney, explique un témoin. Ils font chanter leurs employés le matin avant l’ouverture du magasin, pour les mettre en condition.»

Concurrence accrue
A la Fnac de Rive, située à quelques numéros de rue du futur Apple Store, de nombreux vendeurs se sont présentés aux séances de recrutement du concurrent. Car la marque à la pomme fait bel et bien concurrence à ses propres revendeurs. En Suisse romande, il existe deux agences principales de la marque (appelées premium resellers), quelques grands magasins qui distribuent les produits Apple, ainsi que des dizaines de revendeurs indirects, qui passent généralement par des distributeurs.

«Ce sont surtout ces petits revendeurs et les grandes surfaces comme Fnac et Manor qui vont la sentir passer», estime le patron de MacS SA, Daniel Forster. Propriétaire de deux magasins à Fribourg et à Lausanne, ce premium reseller cite l’exemple de l’ouverture du premier Apple Store à Londres: «En peu de temps, tous les petits magasins dans un rayon de trois kilomètres ont fermé», dit-il.

Les premium resellers, en revanche, ont souvent une clientèle professionnelle qui n’achète pas uniquement des produits, mais aussi de nombreux services. «Je ne vois pas de grand danger lié à l’implantation d’un Apple Store à Genève, poursuit Daniel Forster. Au contraire, je crois que cela va plutôt augmenter la notoriété de la marque en Suisse, ce qui finira par être positif pour tout le monde.»

Patron d’Art Computer, Alexandre Robert-Tissot est du même avis. «Il y aura forcément un effet de nouveauté dans un premier temps, explique ce premium reseller installé à Genève et à Lausanne. Mais je suis persuadé qu’à moyen terme, cela fera un immense coup de pub.» Aujourd’hui, Apple occupe déjà une part de marché particulièrement élevée en Suisse avec environ 11%, soit le double de sa pénétration moyenne dans le reste du monde.

Sur la mythique Bahnhofstrasse
En plus du magasin genevois, deux autres Apple Store devraient ouvrir prochainement du côté de Zurich. L’un sera logé au centre commercial Glattzentrum, à Wallisellen. L’autre occupera le rez-de-chaussée et peut-être le premier étage de la Bahnhofstrasse 77, l’un des emplacements les plus chers de la ville. Nonante personnes seront recrutées pour y occuper un poste de «spécialiste Mac», de «créatif» ou encore de «Mac Genius» (voir encadré).

Premium reseller à Zurich, l’entreprise Dataquest a récemment ouvert un grand magasin directement en face de la gare centrale, à seulement 200 mètres du futur Apple Store. Son directeur, Angelo Müller, se veut rassurant. «Apple ne s’implante que dans des marchés où le potentiel de développement est encore fort. Et ils n’offriront pas tout ce que nous proposons aujourd’hui en termes de formation ou de solutions pour les entreprises.»

Pour l’instant et jusqu’à fin mai, le futur emplacement de l’Apple Store à la Bahnhofstrasse est occupé par une boutique Benetton. Dès le début de l’été, les travaux de rénovation et d’aménagement commenceront, sous la direction du même architecte qui conduit le chantier d’Apple à Genève. La filiale suisse de l’entreprise n’intervient cependant pas dans le processus: tout est piloté directement depuis la Californie, selon des plans définis au millimètre près.

D’autres Apple Store pourraient ouvrir en Europe avant la fin de cette année: les blogs sur Internet mentionnent notamment Munich (confirmé par Apple) et deux nouveaux magasins à Milan. A chaque fois, les spéculations les plus folles courent sur l’emplacement, forcément exclusif, que l’entreprise pourrait viser. Ainsi, certains pensent savoir que le futur Apple Store de Paris trouvera refuge à l’emplacement de l’actuel Virgin Megastore… sous la pyramide du Louvre! B

Le concept des Apple Store
Hormis son magasin en ligne et son réseau de distributeurs historique, l’entreprise de Steve Jobs dispose depuis 2001 de ses propres magasins entièrement griffés Apple. Il en existe 209 dans le monde, dont 182 aux Etats-Unis et 15 en Grande-Bretagne. Dans chaque Apple Store, un endroit appelé «Genius Bar» permet aux clients d’obtenir des conseils gratuits et du support de la part d’un «Mac Genius», soit un spécialiste absolu de la marque. Vingt «Mac Genius» seront engagés pour le seul magasin de Genève.

Photo: Le futur Apple Store à Genève, le 14 mai 2008 / © Lionel Flusin/D.R.

Le high-tech de demain est helvétique

Vendredi, mars 28th, 2008

Les Ecoles polytechniques de Lausanne et de Zurich voient une opportunité de «réindustrialiser» la Suisse en intégrant les forces et le savoir-faire de cinq secteurs: de la nano-électronique à l’informatique.#Par Stéphane Zindel

Issus des Ecoles polytechniques de Lausanne et de Zurich, les promoteurs de l’initiative Nano-Tera n’ont pas froid aux yeux. Leur ambition affichée est, ni plus, ni moins, de placer la Suisse en première ligne au niveau mondial d’une «nouvelle révolution» qui se dessine, intégrant à la fois des savoirs en matière d’informatique et de (micro) ingénierie. Une révolution qui aurait le potentiel de déboucher sur une «réindustrialisation» de la Suisse, ou, à tout le moins, de «faire sortir de terre une nouvelle génération d’entreprises high-tech».

Ce «miracle», Nano-Tera espère l’accomplir en servant de catalyseur au développement et à l’intégration des savoirs de pointe émanant de cinq disciplines, dans chacune desquelles la Suisse dispose, isolément, de solides atouts. Il s’agit de la micro et nano-électronique, des micro et nanosystèmes électromécaniques, des capteurs et senseurs, des systèmes et logiciels et, enfin, des technologies de l’information et de la communication.

Mais pour produire quoi au juste? Des calculateurs nanotechnologiques, flanqués de senseurs tout aussi minuscules et complexes. Ces calculateurs à très faible consommation d’énergie et potentiellement reliés en réseaux (sans fil) seraient capables de s’autogérer et de traiter des quantités de données d’un niveau sans précédent. L’équipe de Nano-Tera envisage cinq grands types d’applications, leur point commun étant de répondre à un besoin de sécurité ou de bonne santé pour l’homme ou l’environnement.

1. L’être humain
Plusieurs modalités sont envisagées pour ces calculateurs-capteurs: dans le talon de la chaussure, dans la montre (une perspective très intéressante en Suisse), dans les habits, mais aussi sous forme d’implants. Leur rôle serait de surveiller des paramètres médicaux en temps réel, et, selon les cas, les analyser et donner l’alerte ou fournir directement au porteur un traitement de façon plus ou moins automatique. La miniaturisation joue un rôle essentiel dans ce domaine, le système devant gêner le moins possible son hôte.

A un niveau relativement rudimentaire, certains produits de ce type existent déjà, comme les montres à infrarouge mesurant la pression sanguine. Mais les développements potentiels dans ce secteur s’annoncent considérables, pour ne pas dire sans li- mites, au gré des avancées technologiques à venir: un implant rétinien qui corrigerait la vue, une prothèse auditive éliminant les bruits de fond voire qui permettrait d’écouter mieux qu’un être normalement constitué. Ou encore un système délivrant automatiquement de l’insuline aux diabétiques.

Comme clientèles cibles, l’équipe de Nano-Tera songe avant tout aux personnes atteintes d’une pathologie particulière et aux personnes âgées, mais aussi aux sportifs ou aux managers stressés.

Ces calculateurs-senseurs pour -raient en partie remplacer le travail du personnel soignant et donc faire baisser les coûts de la santé, note Peter Bradley, directeur exécutif de Nano-Tera. Pour les aînés, pourquoi ne pas imaginer un système de bracelets fixés à chaque membre signalant à son porteur une forte probabilité de chute d’après sa position? Ou un système informant un tiers que la chute a eu lieu?

2. L’environnement
Deuxième grand type d’applications envisagé: les systèmes de surveillance de paramètres environnementaux, et d’alerte le cas échéant. L’idée est d’implanter des réseaux de calculateurs-capteurs «intelligents», capables de s’auto-organiser, en un lieu donné plus ou moins étendu. La qualité de l’eau d’un lac ou de l’air pourrait ainsi être analysée en permanence et en temps réel, ou encore les paramètres nécessaires à une surveillance épidémiologique ou de risques naturels potentiels (inondations, avalanches, etc.).

A vaste échelle, «ces systèmes permettront peut-être d’expliquer un jour pourquoi l’asthme est une affection aussi répandue de nos jours», dit le professeur Boi Faltings, directeur de l’Institut d’informatique fondamentale de l’EPFZ, qui est membre du comité exécutif de Nano-Tera. L’un des défis principaux à gérer dans ce domaine sera les quantités d’informations potentiellement énormes à traiter.

3. Les bâtiments «intelligents»
Là aussi, des calculateurs équipés de senseurs répartis un peu partout peuvent servir à gérer un grand bâtiment, ou une usine, plus ou moins automatiquement sous l’angle de l’optimisation de la consommation d’énergie, en fonction de multiples paramètres, dont le nombre de personnes dans les locaux et leur répartition dans l’espace. A l’extrême, «pourquoi ne pas imaginer des villes intelligentes», lance Peter Bradley.

4. La recherche spatiale
L’idée serait de créer de minuscules satellites pesant 1 kg. Cela réduirait très fortement leur coût de lancement et d’utilisation, ouvrant ainsi la voie à des expériences de beaucoup plus longue durée en gravité zéro. Celles-ci auraient lieu dans de «minilaboratoires» accueillant quelques cellules vivantes qui seraient logées dans le système électronique lui-même (lab on chip).

5. Les mondes virtuels
Dernier champ d’application envisagé: les mondes virtuels. Il s’agit en fait de simulateurs interactifs réagissant en temps réel. Ce qui nécessite à nouveau de très grandes capacités de traitement de données. Plutôt que d’aller directement skier à Verbier, il serait par exemple possible d’en tester les pistes en s’y projetant virtuellement. Autre application très futuriste dans le monde médical: confier une opération à un microrobot qui se baserait sur une image en 3D de la zone à opérer, reconstituée d’après une imagerie en résonance magnétique.

Les responsables du projet ont choisi de concentrer leurs appétits et leur énergie sur un marché jugé particulièrement prometteur: les produits visant à augmenter la sécurité dans le domaine de la santé et de l’environnement.

Dans tous les cas, le socle des applications futures de Nano-Tera seront des «systèmes embarqués». Ce terme technique désigne tout simplement les calculateurs qui, à l’inverse d’un PC, sont conçus pour une ou plusieurs tâches précises. C’est le cas d’un automate à billet, d’un lecteur MP3 ou du système ABS d’une voiture. En tant que tels, les systèmes embarqués sont déjà omniprésents. Nombre d’entre eux sont du reste fabriqués en Asie.

Vu le niveau des salaires en Suisse, Nano-Tera se devait donc d’opter pour une spécialisation dans les systèmes complexes et/ou soumis à des contraintes particulièrement fortes. Mais il s’agit de «bien plus que d’un marché de niche» pour la Suisse, souligne Giovanni De Michele, directeur de l’Institut d’ingénierie électrique et du Centre des systèmes intégrés de l’EPFL. Le gros de l’essor de ces systèmes est encore à venir.

La vraie originalité de Nano-Tera, c’est d’intégrer tout un bouquet de technologies qui proviennent de deux ordres très différents: l’aspect tant hardware que software des systèmes embarqués. Or ces derniers relèvent de deux mondes opposés: l’infiniment petit (dans le hardware, l’un des principaux enjeux est la miniaturisation) et l’infiniment grand (pour ce qui est de la quantité de données à traiter). D’où le nom du projet: Nano-Tera. «Notre approche fera des envieux», croit pouvoir pronostiquer le professeur Gerhard Schmitt, de l’EPFZ.

Giovanni De Michele se veut lui aussi très confiant. «La Suisse sait concevoir des systèmes complexes, petits, précis et fiables». On ne peut que lui souhaiter d’avoir le même succès que deux de ses élèves à l’époque où il enseignait en Californie, à l’Université Stanford: les cofondateurs de Yahoo!