Le nec plus ultra des suites hôtelières
Mardi, août 5th, 2008Plus luxueuses, plus nombreuses, plus grandes pour un taux d’occupation en nette progression. Et un prix qui oscille entre 3000 et 50′000 francs la nuit. Visite privée, à commencer par Genève qui détient la palme de la plus vaste suite d’Europe.#Par Knut Schwander - Luxes par Bilan No.15 - 14.05.2008
Genève peut se vanter d’être montée sur la première marche du podium européen en matière d’hôtellerie de grand luxe. Depuis une quinzaine de jours, la ville abrite en effet la plus grande suite d’Europe.
La Geneva du Grand Hotel Kempinski cumule toutes les extravagances. Sa taille, d’abord: 11 pièces réparties sur 1080 m2 en duplex entre le 7e et le dernier étage. Son panorama, ensuite, qui embrasse la rade et le jet d’eau d’assez haut pour produire un effet inhabituel et porte le regard jusqu’au Mont-Blanc. Côté services encore, puisqu’un majordome et un chef privés sont assignés à la suite. Son aménagement enfin: ici tout est unique ou produit en série limitée, de la poignée de porte au mobilier en fibre de carbone de la terrasse. L’escalier hélicoïdal qui relie l’étage de réception aux pièces privées tient de la prouesse technique. L’atmosphère luxueuse est soutenue par l’éclairage modulable, la cheminée, les cuirs souples, les soies or et sable, les tapis précieux. La sécurité est assurée par un sas d’entrée, des vitres blindées, des caméras. Dernière extravagance, le prix de la nuit: 50′000 francs.
Palace Belle Epoque
Il y a une quinzaine de jours encore, la Maestro du Grand Hotel Dolder à Zurich, elle aussi fraîchement inaugurée, détenait le titre de plus belle suite hôtelière de Suisse. Juchée sous des poutres centenaires, une enfilade de chambres et de salons au design élégantissime répartis sur 400 m2 ont déjà conquis une riche clientèle internationale. La Maestro, appelée ainsi en hommage à Herbert von Karajan qui résida à l’hôtel, est un privilège à 14′000 francs la nuit. La somme, en comparaison internationale, n’est pas si élevée. A Paris, par exemple, la suite Impériale du Ritz est à plus de 19?000 francs.
Le Dolder sort de quatre années de travaux destinés à rendre à ce majestueux palace Belle Epoque son lustre d’antan, mâtiné d’architecture futuriste sous la houlette du cabinet Foster & Partners et de United Designers pour son intérieur. La Maestro ne peut que séduire: elle s’ouvre sur un vaste salon en rotonde, installé au sommet de la tour qui coiffe l’imposante bâtisse, ourlé d’un balcon, et rendu unique par une poutraison grandiose. La salle à manger princière accueille aisément douze convives. Ses chambres à coucher mêlent glamour hollywoodien et design contemporain, ses salles de bain parfaites, équipées d’une baignoire à remous, d’un sauna, d’un hammam, et sa terrasse-lounge, enfin, qui domine le tout Zurich et son lac.
La terrasse, justement, demeure le principal atout de quelques-unes des plus belles suites helvétiques. Le must dans ce domaine revient sans doute à l’Hôtel des Trois-Rois, à Bâle, entièrement rénové avec force millions et grand soin voilà deux ans. La suite qui occupe tout le 4e étage de l’établissement est surmontée d’une terrasse équipée d’un jacuzzi avec vue sur le Rhin et la cité. De quoi assurer à ses occupants des moments d’exception.
Espace, cachet et commodités
Qui loue ce type d’objet? Sur ce terrain-là, la discrétion est de rigueur. Mais les grands hôtels s’accordent à dire que leur clientèle est faite aussi bien de familles britanniques que d’hommes d’affaires américains, de princes du Golfe, ou de jeunes mariés qui s’offrent l’exclusivité d’un luxueux appartement de palace pour l’occasion.
Ainsi ce grand hôtel de l’arc lémanique héberge-t-il une famille russe depuis plus d’un an. Un séjour voué à se prolonger de quelques mois encore, jusqu’à leur emménagement dans une demeure achetée dans Lavaux.
Plus que jamais, les hôteliers misent tout d’abord sur l’espace. Suit l’équipement technique: climatisation, éclairage modulable et télévisions à écran plat sont incontournables. De même que les téléphones portables avec plusieurs lignes et l’accès gratuit à Internet. Ensuite, offrir un agencement qui sépare espaces publics et quartiers privés est un atout de taille. Et, cerise sur le gâteau, le décor qui apporte sa touche de rêve: contemporain, comme le baldaquin réinventé du Dolder, ou antiquités chinées, comme pour le propriétaire des Trois-Rois.
Une touche propre à l’établissement ne suffit pas. Encore faut-il composer avec le goût ou la sensibilité de la clientèle. Ainsi, cet homme d’affaires qui logeait aux Trois-Rois et tenait à voir… la télévision plutôt que le Rhin. Ou devrait-on dire les télévisions: aux cinq écrans à disposition, il a fallu en ajouter six, alignées les uns à côté de autres, avec en prime une chaîne de l’autre bout du monde dont les frais de captage s’élevaient à 3500 francs… Et tant pis si cela jurait avec le mobilier ancien, le jacuzzi et le panorama.
Il n’empêche, la vue n’en demeure pas moins un atout majeur. La suite Royal- Armleder du Richemond à Genève, par exemple, ne propose pas moins que 200 m2 de terrasse. Vue sur le jet d’eau, la cathédrale et le Salève dans un confort dernier cri, puisque ce palace vient d’achever vingt et un mois de travaux à hauteur de 70 millions. La nuit y revient à 19′500 francs, la classant parmi les plus chères de Suisse.
Tous les palaces genevois misent sur le panorama, Beau-Rivage en tête. Mais ce dernier joue également la carte de la grande tradition. Avec son homologue lausannois, dont les suites rivalisent en splendeur avec les plus grands palaces du monde, l’auguste établissement qui accueillit l’impératrice d’Autriche est l’un des seuls à offrir un décor historique resté en grande partie intact. Un environnement exceptionnel qui vient d’être revalorisé. Au cours des quatre dernières années, la famille Meyer, propriétaire du palace, a en effet dépensé 30 millions pour rénover ce bijou hôtelier.
Tarif et image
Les six suites historiques ont un charme unique: fresques, cheminées et stucs raffinés s’y trouvent rehaussés de clins d’oeils de parfaite modernité, comme le ciel étoilé qui éclaire désormais la salle de bains de la suite Royale. Le prix de ce noble appartement: 9000 francs la nuit. Et la possibilité d’accueillir dix convives sur la terrasse, face au jet d’eau, de leur offrir un repas concocté par Dominique Gauthier, chef du Chat-Botté, le restaurant de l’hôtel, qui est aussi l’une des meilleures tables genevoises, cotée 17/20 au GaultMillau. Le taux d’occupation des suites en ville s’élève à quelque 25%. Un pourcentage qui s’avère très rentable, et ce même si, signe des temps, le marchandage a cours dans les meilleures maisons. Officiellement, les prix ne sont pas discutables. Mais la majorité des palaces devancent cette épineuse question en proposant un tarif dégressif pour des séjours de longue durée. Sans parler des célébrités à qui certains hôtels offrent des suites gratuitement… à condition que leurs attachés de presse se chargent ensuite de multiplier les «indiscrétions». Car en matière d’image le bénéfice peut être important.
L’hôtel des Bergues à Genève, géré par le groupe Four Seasons qui vise l’excellence à son niveau le plus abouti, bénéficie des moyens de promotion et de l’image d’un groupe hôtelier internationalement reconnu. Alors que les marques prennent de plus en plus d’importance, c’est un atout doublé d’un savoir-faire qui a fait ses preuves: tout voyageur fortuné le sait, Four Seasons devance les autres chaînes, du moins en ville.
A l’Hôtel des Bergues, un tiers des chambres sont des suites. La plus grande, la Royale, a récemment subi pour 3 millions de travaux. Avec ses 300 m2, elle rejoint le Geneva du Grand Hotel Kempinski parmi les plus grandes d’Europe. L’une des plus raffinées aussi, avec son décor griffé Pierre-Yves Rochon, architecte d’intérieur parisien qui en a fait un délicieux palais citadin, luxueux et intimiste. Son prix: 14000 francs par nuit. Et c’est l’une des plus demandées. Pour ses vastes pièces en enfilade, sa salle de bains donnant sur le lac, pour son service qui inclut une assistante personnelle…
Partout dans le monde, la tendance voit fleurir une nouvelle génération d’hôtels dont la spécificité est de n’offrir que des suites. A ce titre, la Suisse n’est pas en reste. Ainsi, à Saint-Moritz, les travaux de rénovation du Carlton bientôt centenaire ont-ils ramené le nombre d’appartements de 103 à 60. Coût de l’opération: 65 millions. Les appartements, griffés du tessinois Carlo Rampazzi, de 45 à 160 m2 sont facturés entre 520 et 7500 francs la nuit. Un tarif qui inclut le service d’un majordome ou l’impression de papier à lettres et de cartes de visite personnalisées.
Dans la même veine, l’historique hôtel du Mont-Cervin de Zermatt a récemment inauguré une annexe toute en suites, le Petit-Cervin. Et le Palace de Gstaad s’est offert une «penthouse»: cette suite exceptionnelle offre tous les avantages d’un chalet perché au sommet d’un château de conte de fées: 150 m2 de terrasse entourent 240 m2 d’appartement avec trois chambres à coucher à 13′900 francs la nuit, en haute saison et en demi-pension pour l’ensemble des occupants.
Pour savoir de quoi sera fait l’avenir, un coup d’oeil du côté de l’Intercontinental à Genève s’impose. Après avoir remis au goût du jour les parties communes, le designer new-yorkais Toni Chi redessine les chambres et s’attaquera cet automne aux suites du 18e étage. Résolument contemporain: espace ouvert, aménagé en niches pour dormir, travailler, se détendre. «L’essentiel n’est pas de définir un style, mais de veiller au confort physique et mental, partout».
C’est dans le même esprit que se dessinent actuellement les chambres et les suites du Stilli Park qui devrait ouvrir en 2011 à Davos. Estampillé Intercontinental lui aussi, il offrira 208 chambres d’au moins 38 m2 dont un dizième seront de suites. Ces dernières devraient bénéficier de situations panoramiques aux vues d’autant plus spectaculaires que le bâtiment futuriste est conçu en ellipse, griffé par l’architecte italien Matteo Thun. Ce palace du futur et ses suites devraient ressembler à un vaste vaisseau spatial. De là à rêver aux premières suites sur la lune… B
Photos:
La suite Geneva du Grand Hotel Kempinski à Genève, le 29 avril 2008 / © D.R.
La suite Maestro du Grand Hotel Dodler à Zurich, le 25 mars 2008 / © Peter Hebeisen
La suite Royal de l’Hôtel des Bergues à Genève, le 21 avril 2008 / © D.R.