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SUR LA CÔTE C’EST HUBLOT QUI PAYE l’ADDITION

Jeudi, août 28th, 2008

#top secret - Bilan No.255 - 27.08.2008

Sur la Côte d’Azur cet été, Jean-Claude Biver scrute dans un très bon restaurant les poignets des clients. Quand il remarque une Hublot, le patron paie l’addition de la table qui s’entend dire par le serveur: «repas offert par Hublot». Eurofoot, ski, golf voile, cinéma, célébrités mais aussi simples clients, la marque qui investi chaque année 15 millions dans le sponsoring ne délaisse décidément aucun segment de clientèle.

Photo: Jean-Claude Biver, le 16 septembre 2005 / © D.R.

Serge Weinberg président de Corum

Lundi, août 18th, 2008

Ex-président du directoire du groupe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), aujourd’hui associé et président de Weinberg Capital Partners, Serge Weinberg vient d’être nommé président du conseil d’administration des montres Corum.# Par Michel Jeannot - Bilan - 18.08.2008

Moins de deux mois après la disparition du président et propriétaire des montres Corum à La Chaux-de-Fonds, Severin Wunderman, l’arrivée de Serge Weinberg aux commandes du groupe Corum devrait faire taire momentanément les rumeurs d’une reprise immédiate de la société par un grand groupe de luxe, à l’instar de PPR ou de LVMH. En accédant à cette présidence, le créateur de Weinberg Capital Partners, société active dans les opérations de fusion-acquisition et de gestion immobilière, s’offre un fauteuil stratégique pour l’avenir de l’entreprise. Serge Weinberg est par ailleurs Président non-exécutif du Conseil d’administration d’Accor, administrateur de Schneider Electric, de la Fnac et de Gucci.

Serge Weinberg assumera la présidence du conseil d’administration, aux côtés de Richard E. Tomlin, Jr et de Michael Wunderman, fils de l’ancien propriétaire. La direction générale de la société et ses activités opérationnelles continueront à être gérées par Antonio Calce, directeur général. Depuis trois ans, la société chaux-de-fonnière a réalisé un important travail de fond en termes de structure de collections, de production et de distribution qui devrait lui permettre de vivre sereinement les années à venir, avec ou sans partenaire financier.

Photo: Serge Weinberg, Chairman of the board of French hospitality group Accor attends the group’s general assembly, 14 May 2007 in Paris / © AFP PHOTO/Olivier LABAN-MATTEI

Un hyperactif hypercommunicateur

Jeudi, août 14th, 2008

Blancpain qui passe dans le giron de Swatch Group, Hublot dans celui de LVMH. Jean-Claude Biver signe ainsi une double performance. Un personnage tout en excès qui fascine. Et agace.#Par Mary Vakaridis avec la collaboration de Cyril Jost - Bilan No.250 - 21.05.2008

Jean-Claude Biver , c’est l’homme qui a transformé trois fois l’essai et décroché deux fois la timbale. Il y a un mois, il vendait la maison Hublot, transfigurée par ses soins, au numéro un mondial du luxe LVMH, pour le montant supposé de 500 millions.

En 1992, il réalisait une prouesse similaire avec la marque Blancpain. Acquise dix ans plus tôt pour quelque 18?000 francs avec son associé Jacques Piguet, cette marque en sommeil est devenue un fleuron du luxe, cédé à Swatch Group pour une somme estimée à 60 millions. En termes de création de valeur, c’est plutôt un bon score. Entre ces deux coups d’éclat, il s’est attelé au redéploiement d’Omega, au sein de Swatch Group, époque Cindy Crawford. Après avoir participé à la renaissance de la montre mécanique chez Blancpain, il a introduit dans le monde feutré de l’horlogerie la même «pipolisation» qui s’est imposée en politique, tendance Carla Sarkozy. Ce qui s’accompagne d’une touche de vulgarité. Première marque de luxe à soutenir l’Euro 2008, Hublot a les faveurs des footballeurs. Maradonaen porte volontiers une à chaque poignet.

Celui qu’on appelle «le pape du marketing horloger» est né il y a cinquante-neuf ans au Luxembourg. Officier de l’Ordre du mérite dans son pays d’origine, il s’est lié avec le grand-duc et la grande-duchesse. Ses parents y exploitaient des magasins de chaussures. Sa famille est venue s’installer dans le canton de Vaud lorsqu’il avait 11 ans.

Un pragmatique
Marc Biver, son frère cadet de deux ans, qui s’est fait connaître dans le marketing sportif, lui voue une grande admiration: «Il s’est toujours montré créatif et avant-gardiste. Son coup de maître a été de lancer avec Hublot le mélange des matériaux. Il fallait oser fusionner kevlar, caoutchouc, céramique et or. Mais il croit à ses produits et, avec son tempérament, il porte toute l’équipe.»

Selon Jean-Christophe Babin, président de TAG Heuer,une marque du groupe LVMH, «Biver a appliqué la même recette chez Hublot qu’à Omega: il a repris l’ADN de la marque, la forme du cadran fixé avec des vis, et il l’a mis au goût du jour. C’est un patron pragmatique, qui n’a jamais cherché à révolutionner l’horlogerie; il conçoit ce que les gens veulent consommer. Il a compris que pour vendre une montre, il faut susciter un désir.»

Et pour créer le désir, le manager a massivement investi dans la communication, chez Blancpain comme chez Hublot. En même temps, il organisait la rareté, en réduisant de moitié le réseau de distribution de Hublot ou avec la fabrication de pièces uniques chez Blancpain.

Conseiller d’Etat radical vaudois en charge des Finances, Pascal Broulis renchérit: «D’une grande intelligence intuitive, Biver sait fédérer les gens et les mettre en réseau, après avoir identifié les forces de chacun.»

Omniprésent dans la vie publique
Dans ce concert de louanges, Georges-Henri Meylan, directeur général d’Audemars Piguet, est plus nuancé et regrette que Hublot perde son indépendance, dans le cadre d’une opération purement financière. Il glisse, avec un sens consommé de l’euphémisme: «Il vaut mieux être suivi que suiveur.» Rapport à certains modèles de la société nyonnaise qui en rappellent furieusement d’autres, signés par la firme du Brassus.

Hyperactif, hyperenthousiaste et hypercommunicateur, il s’astreint à un régime de forçat. L’entrepreneur répète à l’envi qu’il se lève tous les jours à 3 heures du matin pour travailler. Il peut ainsi aligner 15 à 16 heures de labeur, tout en consacrant sa soirée à sa famille.

Omniprésent dans la vie publique, il défile à Moudon avec sa vache Brunette dès 5 heures du matin, lors du concours de la Fédération vaudoise des syndicats d’élevage. On le croise dans un établissement médico-social où il participe à l’élection de Miss EMS. Il squatte les écrans publicitaires en tant qu’ambassadeur des vins vaudois.

Son goût pour les projecteurs lui fait enchaîner radios et télés, ainsi qu’à livrer durant six mois une chronique hebdomadaire au quotidien Le Matin, quitte à lasser son auditoire.

Les failles
«Il en fait trop. Son discours est creux. A chaque rencontre où il est invité, il arrive sans avoir rien préparé et, quel que soit le thème, il ressert la même histoire», résume un observateur. Qui reconnaît toutefois: «Mais à chaque fois, neuf personnes sur dix sont éblouies par son charisme et le trouvent génial.»

Génie de la mise en scène, le quinquagénaire a l’art d’escamoter les passages les moins glamour de son CV, par exemple un passage dans l’industrie des jouets et du textile à ses débuts. Il ne revient que sur les faits héroïques, comme la place faite aux femmes et aux travailleurs âgés chez Hublot ou les boulots de nuit à la poste, lorsqu’il était étudiant.

L’homme a ses failles. Remarié depuis 1997, il a un fils de 8 ans avec sa seconde épouse, déjà mère de deux adolescents. Il a traversé une période douloureuse lors de la fin de son premier mariage, dont il a deux enfants adultes. Il dit lui-même avoir vendu Blancpain dans un moment de déséquilibre, qui correspondait à sa séparation.

Quant à son pire ennemi, il n’est pas à chercher chez ses détracteurs. De son propre aveu, il s’agit du doute, qui ne lui laisse aucun répit et le pousse sans arrêt à l’action. B

VERBATIM

«IL FAUT QU’IL LÈVE LE PIED»
Marc Biver, frère de Jean-Claude

«Mon frère en deux mots: passionné et généreux. C’est quelqu’un sur qui on peut compter. Il est formidable avec sa famille, comme il l’est sans doute avec ses employés. Volontiers protecteur, Jean-Claude a une vocation de patriarche. Il aime avoir du monde autour de lui et souhaite transmettre des valeurs à ses enfants. A la maison, son épouse Sandra lui apporte équilibre, tranquillité et assurance. Nous, ses proches, tout ce qu’on souhaite, c’est qu’il lève un peu le pied. Il répond à toutes les sollicitations. Il devrait être plus sélectif. On se fait du souci pour sa santé. Il n’a pas le temps de faire de l’exercice et il est excessif en tout, lorsqu’il travaille comme lorsqu’il mange. Son fils cadet n’a que 8 ans. Il ne faudrait pas qu’il arrive malheur à son père.»

«C’EST UN AMI FIDÈLE QUI SAIT JOUIR DES PLAISIRS DE LA VIE!»
Pierre Keller, directeur de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne

«Jean-Claude Biver est un énorme travailleur, un visionnaire, quelqu’un qui sait convaincre son auditoire. En plus, c’est un ami fidèle qui sait jouir des plaisirs de la vie! Quelqu’un qui est doté de toutes ces qualités fait forcément un bon homme d’affaires. Je le côtoie depuis vingt-cinq ans et il n’a jamais changé sa façon de fonctionner. Il est resté un passionné qui aime prendre des risques. Il fallait le voir quand il a vendu Blancpain: il le faisait de la même manière qu’il vend son fromage aujourd’hui. Biver est un homme d’affaires hors pair.»

Photo: Jean-Claude Biver devant sa propriété avec sa vache Marguerite, le 20 juin 2006 / © Julie de Tribolet

Retrouver le deuxième article consacré à Jean-Claude Biver sous la thématique (Tag) “Portrait”.

«Je compte rester encore 10 à 15 ans chez Hublot»

Jeudi, août 14th, 2008

Après la vente de l’entreprise horlogère à LVMH, Jean-Claude Biver revient sur les événements qui ont abouti à cette réalisation et parle de son avenir au sein du leader mondial du luxe.#Par Thierry Vial - Bilan No.250 - 21.05.2008

Quand Jean-Claude Biver a repris en main le destin de Hublot en septembre 2004, il est parvenu très vite à multiplier le chiffre d’affaires de l’entreprise par six et à redonner une rentabilité à cette manufacture qui perdait 2 millions sur l’exercice en cours. En quatre ans seulement, l’hypermédiatique patron de Hublot a fait de cette marque un acteur incontournable du monde de l’horlogerie. Une réussite couronnée le 24 avril par l’annonce du rachat de la marque par LVMH, le leader mondial du luxe, pour un montant estimé à presque 500 millions de francs.

Jean-Claude Bivera bien voulu nous recevoir dans sa vaste propriété de La Tour-de-Peilz pour nous parler de son aventure chez Hublotet du film de la vente à LVMH.

Vous avez récemment annoncé la vente de Hublot à LVMH. C’est vous qui incarnez cette entreprise aujourd’hui, pourquoi n’avez-vous pas essayé de trouver des fonds pour la racheter vous-même?
L’entreprise a pris une telle valeur en quatre ans que je ne pouvais tout simplement plus l’acheter tout seul. Et sincèrement, quel aurait été mon intérêt de trouver des financiers nouveaux et étrangers auxquels j’aurais dû rendre des comptes, alors que Carlo Crocco, le propriétaire de Hublot et grand connaisseur de l’horlogerie, me laissait une totale liberté dans la gestion de l’entreprise? La meilleure solution possible, à part celle de me céder l’entreprise, était dès lors le rachat par le leader mondial du luxe, LVMH. Cela permettra à Hublot de poursuivre son développement extraordinaire.

Vous ne possédiez que 20% du capital de Hublot avant sa vente, n’avez-vous pas su négocier à votre avantage votre engagement en 2004?
Quand j’ai approché Carlo Crocco en 2004, je voulais racheter Hublot. Il a refusé dans un premier temps, mais nous sommes tout de même tombés d’accord sur un deal intéressant. Il m’accordait une confiance totale en me laissant l’intégralité du pouvoir décisionnel et il conservait la propriété patrimoniale. Dans un premier temps, je n’ai pu acheter que 10% du capital par l’intermédiaire de l’une de mes sociétés, puis les derniers 10% deux ans plus tard.

Si vous aviez imaginé le succès que vous alliez rencontrer avec Hublot, auriez-vous négocié autrement?
J’avais une option de rachat orale, mais je n’ai tout simplement pas pu l’exercer car la création de valeur que nous avons produite en trois ans et demi a rendu le prix de l’entreprise hors de portée pour mes moyens. Pour le faire, j’aurais dû m’endetter et, à 60 ans, je n’en avais tout simplement plus envie. Mon erreur, si l’on peut parler d’erreur, a peut-être été de ne pas assurer mes arrières en négociant un prix d’achat fixe dès mon arrivée. Mais il faut dire que Carlo Crocco a fait preuve de beaucoup de courage en me passant la barre de l’entreprise qu’il a créée et dirigée pendant vingt-quatre ans. Tout en démontrant un sens tactique très développé. Quand j’y réfléchis, je me rends compte qu’il a toujours eu deux coups d’avance sur moi en ce qui concerne la vente de Hublot.

Quand vous dites deux coups d’avance, vous pensez au fait qu’il vous a laissé les mains libres pour redresser l’entreprise, que vous avez rencontré le succès sans pouvoir racheter ensuite la marque?
Oui, c’est vrai, j’ai sous-estimé la vitesse de redressement de l’entreprise. Vous savez, lorsque j’ai dit en 2004 que, avec mon équipe, nous allions multiplier le chiffre d’affaires par 6 en trois ans, tout le monde rigolait. Sauf moi, qui le pensais réellement. Par contre, je n’imaginais pas que la hausse du chiffre d’affaires allait s’accompagner d’un retour à la rentabilité aussi rapide. Imaginez que Hublot réalisait un chiffre d’affaires de 29 millions avec 2 millions de déficit opérationnel, puis en 2007 le chiffre d’affaires a dépassé les 150 millions avec 31 millions de bénéfice. Ces chiffres ont condamné toute tentative pour moi d’acquérir Hublot. Et, sincèrement, même si j’avais eu les moyens aujourd’hui, je ne l’aurais peut-être pas fait. Psychologiquement, j’aurais eu l’impression de payer deux fois pour cette entreprise. Une fois sur le chiffre d’affaires que mon équipe a réussi à faire exploser en quatre ans. Et une seconde fois, sur les chiffres de croissance que nous allons réaliser avec Hublot ces prochaines années. Donc, j’aurais dû payer pour mon travail passé et sur mon succès escompté pour l’avenir.

Votre succès est impressionnant. Mais vous aviez tout de même un joyau entre les mains!
Oui l’idée de la montre en forme de hublot et du bracelet en caoutchouc était excellente. Elle a rencontré un succès énorme au début des années 1980. La preuve, elle a été copiée par toutes les marques, de Swatch à Breguet. Par contre, si les éléments du succès étaient réellement sains et présents, ils n’ont pas été développés. La marque était restée statique depuis quelques années. Mais sur le plan comptable elle se portait très bien. Malgré un déficit opérationnel de 2 millions, elle n’avait aucune ligne de crédit utilisée, aucune dette, et elle disposait de 8 millions de liquidités. Ce qui a suffi à financer son renouveau.

Depuis quand avez-vous su que Carlo Crocco désirait vendre?
Il m’a dit qu’il voulait accélérer le processus de vente en automne 2007 et céder Hublot avant Bâle 08. J’ai alors bien essayé de le convaincre de nous laisser faire un management buy out, mais les prix demandés étaient trop hauts. Quelques semaines plus tard, un très discret agent d’affaires envoyé par LVMH s’est spontanément présenté chez Carlo Crocco, par hasard. Nous avons d’abord été méfiants à son égard avant de nous rendre compte, vers fin décembre, qu’il s’agissait bien d’une volonté réelle et amicale d’acquérir Hublot.

Comment avez-vous réagi?
Avant son arrivée, j’avais un peu peur que Hublot, l’entreprise pour laquelle nous travaillons sans compter depuis quatre ans, se retrouve entre les mains d’un fonds d’investissement quelconque. Lorsque j’ai connu les intentions de LVMH, j’étais extrêmement content et nous avons tout de suite compris qu’il s’agissait de la meilleure solution. J’ai dit à Carlo Crocco de foncer, et les discussions sérieuses ont commencé avec le géant du luxe dans le courant du mois de janvier.

Concrètement, comment se passent de telles discussions?
On commence par s’assurer qu’il n’y aura aucune fuite. Ainsi, toutes les personnes impliquées signent une déclaration de confidentialité très stricte pour sceller leur discrétion. Chez nous, les principaux cadres de l’entreprise, notre avocat et notre fiduciaire, soit neuf personnes, étaient concernés. Ensuite, lorsque nous sommes certains des bonnes intentions de LVMH, Hublot ouvre ses comptes pour prouver que nos affaires vont aussi bien que nous le prétendons. S’ensuivent une série de discussions entre le siège de LVMH à l’avenue Montaigne à Paris, l’Hôtel Métropole à Genève ou les Bergues, là où le contrat de vente définitif a été signé.

Combien de temps ont pris ces discussions?
Peu de temps. En fait, nous avons laissé leur équipe de financiers, très jeunes et très classe, étudier les chiffres, même si nous avons été contraints de ralentir les discussions à cause de la préparation de la Foire de Bâle. Dès lors, tout s’est passé très vite à l’issue des salons horlogers. Et quand leur décision d’achat a été prise, j’ai rencontré Bernard Arnault et je lui ai demandé de pouvoir poursuivre le plan d’action que j’avais déjà défini jusqu’en 2013.

A-t-il accepté toutes vos demandes?
Oui, il a tout accepté. Mon plan d’action, mon plan d’investissements et le maintien de l’intégralité de mon équipe dirigeante. Et surtout, la création de la manufacture que nous préparons, qui a été, finalement, l’un des éléments déterminants de leur décision d’achat. Ils vont même accélérer le processus en nous allouant des fonds car ils sont très intéressés par cette indépendance de création des mouvements.

Pour vous, est-ce une meilleure solution de rejoindre le numéro un mondial du luxe que le numéro un mondial de l’horlogerie, à savoir Swatch Group?
Premièrement, Hublot aura un vrai rôle à jouer pour compléter les marques horlogères de LVMH, à savoir TAG Heuer, Zenith, Christian Dior et Louis Vuitton, toutes actives sur des segments différents. Concrètement, nous allons avoir une place à nous, alors qu’ailleurs nous n’aurions été qu’un point supplémentaire sur un échiquier de marques déjà très développées.

Deuxièmement, la politique de gouvernance de LVMH est très décentralisée et ils ne jouent pas trop l’effet de groupe. Ce qui permet au responsable de sa marque de développer son entreprise avec le soutien de la centrale et non l’encadrement de cette dernière. Il s’agit là d’un élément très important pour moi, car je me nourris d’indépendance, d’innovation et d’esprit de clan. Et tout cela est réuni chez LVMH. De plus, j’ai un profond respect pour ce groupe qui a réussi à se positionner en numéro un sur de nombreux métiers du luxe.

Sauf l’horlogerie…
Oui, c’est vrai. Mais peut-être que le rachat de Hublot annonce une volonté de jouer un plus grand rôle dans ce domaine? A mon avis, ils en ont largement les moyens. Nous verrons ce qui se passera dans le futur.

Vous, le fonceur, l’entrepreneur à succès, vous n’avez pas peur que, dans ces grands groupes, les têtes qui dépassent finissent par gêner?
Non, car Bernard Arnault est un homme de produit respectueux de l’esprit d’entreprendre. Je suis exactement pareil, avec peut-être un esprit plus communicatif et beaucoup de choses en moins… Cela ne peut que marcher entre nous. Quand je l’ai rencontré, je lui ai donné ma vision pour Hublot et je lui ai demandé que ce changement d’actionnaire ne rime pas avec changement de cap. Je crois qu’il n’y aura pas de problème car Bernard Arnault connaît très bien le travail que nous avons réalisé chez Hublot et le développement de la marque. D’ailleurs, il m’a même avoué que Cherie Blair lui avait parlé de Hublot lorsqu’il l’avait rencontrée.

On imagine déjà les discussions animées que vous pourrez avoir avec Thierry Nataf, CEO de Zenith, ou Jean-Christophe Babin, de TAG Heuer. Quel sera votre rôle chez LVMH?
Je n’aurai aucun rôle chez LVMH à part celui de me consacrer à la réussite de Hublot, et c’est très bien comme cela. A l’instar des autres directeurs, je devrai rendre des comptes, établir des budgets, des résultats, mais rien de différent de ce que je fais déjà pour moi aujourd’hui. En rejoignant un groupe comme celui-ci, avec le meilleur réseau de distribution du monde et des marques prestigieuses, le besoin de performer est encore plus présent que lorsque l’on est seul. Je pense que cela va nous donner des ailes.

Jean-Claude Biver, cette vente de Hublot à LVMH vous a tout de même rapporté 100 millions de francs. Une somme suffisante pour lancer votre propre marque. Cela ne vous démange pas?
L’argent va à ma société qui détenait les actions, mais je ne pense pas que cela changera quoi que ce soit dans ma vie. Créer ma propre marque? Je préfère agrandir mon étable pour mes 80 bêtes. Vous savez, la montre Big Bang, c’est mon enfant et je ne compte pas l’abandonner en chemin. Je suis passionné par mon métier, par cette marque et par toute l’équipe qui m’entoure. Si je parviens à remplir mes objectifs, je compte bien rester encore dix à quinze ans chez Hublot. D’ailleurs, je suis un fidèle. Quand j’ai vendu Blancpain, je suis resté actif pour cette marque pendant douze ans de plus. Aujourd’hui, Hublot, c’est ma marque, et c’est aussi mon avenir.

Photo: Jean-Claude Biver, La Tour-de-Peilz, le 1 mai 2008 / © Bertrand Cottet/STRATES

Retrouver le deuxième article consacré à Jean-Claude Biver sous la thématique (Tag) “Portrait”.

Les 5 tendances qui vont marquer l’année

Mardi, août 5th, 2008

En 2008, durabilité des nouvelles marques, lecture du temps, personnalisation des montres, échappement et service après-vente suscitent le plus d’intérêt.#Par Michel Jeannot - Luxes par Bilan No.15 - 14.05.2008

Si les appréciations relatives à ce printemps horloger ne sont pas homogènes, chacun aura cependant reconnu une vigueur certaine à la branche. Innovations, concepts inédits, nouvelles marques, au-tant d’éléments qui sont venus animer les Salons horlogers de Bâle et de Genève.

Et si l’on peut estimer que les nouveautés ébouriffantes étaient moins nombreuses cette année, les horlogers de renom ont souvent présenté le fruit d’un travail plus en profondeur. Ainsi, des avancées spectaculaires ont été annoncées dans le domaine de l’échappement (lire encadré), l’un des éléments stratégiques de la montre mécanique.

Dans un climat économique toujours euphorique pour la branche, les horlogers ont abordé ces salons en toute sérénité. Alors qu’ils n’arrivaient plus depuis de longs mois à répondre à la demande, confrontés pour beaucoup à des problèmes de livraison et de qualité pour des composants sous-traités, certains patrons en venaient même à espérer un ralentissement, histoire de retrouver une situation plus saine et moins tendue. Ils devront sans doute encore attendre… Si les discours officiels de la majorité des exposants évoquent des prises de commandes records, les premiers signes de fléchissement sont tout de même venus des marchés les plus exposés, Etats-Unis en tête. Les plus importants gérants de magasins américains ont fait état d’un ralentissement de l’activité au premier trimestre dans le moyen de gamme. Il en serait de même en Suisse. En revanche, le haut de gamme continue à progresser.

NOUVELLES MARQUES
La croissance exceptionnelle que connaît l’horlogerie depuis plusieurs années a également pour corollaire l’arrivée en masse de nouvelles marques sur un marché jugé particulièrement juteux. Ceux qui se sont amusés à faire le décompte évoquent plus de 40 nouveaux venus pour ce seul printemps 2008.

Cette avalanche a évidemment de quoi laisser perplexe, mais la situation est à ce point porteuse que n’importe qui ou presque peut entrer sur le marché horloger. De là à y faire durablement sa place…

Les années à venir feront naturellement le tri, dès lors que nouvelle marque ne rime pas nécessairement avec marque digne d’intérêt. Loin s’en faut. Car force est de constater que parmi ceux qui veulent se faire une place au soleil, seule une infime minorité tente d’apporter quelque chose de neuf au marché. Les autres cachent mal une démarche opportuniste. Laquelle devrait être balayée au premier contrecoup conjoncturel.

SERVICE APRÈS-VENTE
Parmi la foule de nouveaux venus, certains tentent de remédier à quelques faiblesses de l’offre actuelle. Il en est ainsi de Badollet, marque historique ressuscitée à Genève qui entend placer la notion de service au centre de la relation avec sa clientèle.

Livraison de la montre en mains propres à l’acheteur n’importe où dans le monde, récupération du garde-temps au domicile du propriétaire pour le service de maintenance, prêt d’une montre pendant le service, offres privilégiées et relations personnalisées sont, au-delà du produit, les plus qu’entend offrir la marque. Autant de prestations qui pourraient sembler naturelles dès lors que l’on touche à l’horlogerie haut de gamme, mais qui ne sont cependant pas la règle dans ce secteur. Longtemps attendus et finalement dévoilés ce printemps, les premiers garde-temps Badollet répondent tant sur le plan qualitatif que sur celui du service à leur aspiration haut de gamme.

Si elle a choisi une voie diamétralement opposée, la Manufacture Contemporaine du Temps (MCT) a également parfaitement réussi sa première sortie. Fruit de la passion de Denis Giguet (ex-Harry Winston), cette marque neuchâteloise a pour ambition de trouver des modes de lecture du temps inédits. Joignant le geste à la parole, Denis Giguet a présenté, encore à l’état de prototype, la Sequential One, un garde-temps qui se distingue par l’originalité de son système d’affichage: heures séquentielles largement surdimensionnées et minutes sur disque tournant ouvert sur l’heure; seconde au dos de la montre. Les chiffres des heures apparaissent sur quatre surfaces composées chacune de 5 prismes triangulaires. Ces surfaces se découvrent successivement et, durant l’heure en cours, les prismes opposés tournent lentement pour modifier l’affichage. Pour cette première, MCT a développé son propre mouvement automatique exclusif en collaboration avec deux bureaux d’études.

NOUVEAUX AFFICHAGES
Cette volonté de proposer des affichages inédits a été l’une des tendances les plus marquantes de cette rentrée horlogère. Les montres qui ont le plus fait parler d’elles relèvent de cette quête particulière. Il en est ainsi de la Meccanico dG présentée par de Grisogono. Pour son 15e anniversaire, la société a fait un nouveau pas dans l’univers de la haute horlogerie en dévoilant ce garde-temps doté d’un double fuseau horaire, l’un en affichage analogique, l’autre en digital, mais mû exclusivement par des systèmes mécaniques. Cette prouesse technique, sur laquelle d’autres manufactures travaillaient également, a suscité beaucoup d’intérêt.

Dans la même veine, mais exprimée différemment, l’Opus 8 de Harry Winston est également l’expression d’un nouveau type d’affichage. Conçue et imaginée par Frédéric Garinaud, ingénieur aéronautique de formation aujourd’hui responsable créations et développements chez Audemars Piguet Renaud & Papi, cette Opus 8 propose un affichage «type digital», mais entièrement mécanique, qui se joue de l’empreinte du temps qui passe, se montre à la demande durant 5 secondes puis disparaît.

PERSONNALISATION ET SÉCURITÉ
La véritable affirmation de ce que pourrait être la haute horlogerie de demain est probablement à chercher du côté de Vacheron Constantin. Avec son modèle Quai de l’Ile, la manufacture historique genevoise ose un pari qui rajeunit clairement son image. Empreintes de nombreuses premières en horlogerie, Quai de l’Ile fait notamment la part belle à deux principes majeurs: personnalisation et sécurité.

Evoquant volontiers le caractère exclusif de sa production, la haute horlogerie n’a, jusqu’ici, que très peu fait valoir le caractère personnalisable d’un garde-temps. Vacheron Constantin lance ainsi la première collection de haute horlogerie personnalisable selon les desiderata de l’acquéreur.

Outre cet argument, cette collection se singularise par un cadran en saphir faisant appel aux dernières technologies issues du security printing telles qu’utilisées dans l’impression des billets de banque. Jouant le rôle d’éléments de décoration ou d’identification (parfois invisibles à l’oeil nu), de nombreux textes et motifs animent le cadran. Grâce aux procédés utilisés, chaque exemplaire est parfaitement identifiable et demeure à l’abri des contrefacteurs. B

Photo: Le Stand Audemars Piguet lors du 18e Salon International de la Haute Horlogerie à Genève, le 7 avril 2008 / © Sandro Campardo/KEYSTONE

Quand Rihanna fait briller Piaget à son poignet

Mardi, août 5th, 2008

Les dirigeants de Propaganda placent des produits haut de gamme dans les films et les clips vidéo. La nouvelle Audi R8 dans «Iron Man», c’est eux. Ils viennent aussi de réaliser un coup double pour l’horloger genevois.#Par Thierry Vial - Luxes par Bilan No.15 - 14.05.2008

L’excellente santé de l’industrie du luxe et de l’horlogerie offre des retombées économiques intéressantes à de nombreuses industries. C’est notamment le cas de l’entreprise genevoise Propaganda, active dans le placement de marques dans des productions cinématographiques, télévisuelles ou des jeux vidéo. Entretien avec Anders Granath, cofondateur de l’entreprise.

Votre chiffre d’affaires a-t-il profité de la santé de l’industrie du luxe?
Oui, certainement. Le marché s’est fortement développé pour nous et nous continuons à diversifier toujours plus notre offre médias. D’une part, nos clients sont de plus en plus demandeurs et d’autre part, nous bénéficions également du fort développement des supports disponibles pour placer des marques sur des chaînes thématiques ou des sites comme YouTube par exemple. Aujourd’hui, nos clients veulent figurer dans le contenu et préfèrent cette solution à un achat d’espace autour du contenu.

Quel est votre dernier gros coup sur YouTube?
J’en citerai deux. Nous venons de placer une montre Piaget dans les derniers clips d’Alicia Keys et de Rihanna. L’impact est tout simplement phénoménal: le clip de la première a été visionné par plus de 50 millions d’internautes; celui de la seconde a enregistré plus de 3 millions de personnes en une semaine. L’effet boule de neige est fantastique pour une marque car il s’agit de contacts volontaires d’internautes qui choisissent d’aller visionner un clip. La démarche est donc très recherchée dans le monde de la publicité.

Vos clients proviennent-ils principalement de l’industrie du luxe?
Le luxe était notre coeur de cible au départ. Aujourd’hui, ce secteur représente encore le tiers de notre clientèle. C’est un domaine extrêmement important pour nous.

Sur le plan cinématographique, dans quels films actuels avez-vous placé des marques?
Nous avons placé une Audi R8 dans Iron Man et nous avons également intégré une montre Diagono de Bulgari au poignet de Tony Stark, interprété par Robert Downey Jr. Ce sont là des très bons coups car Iron Man est le premier gros block-buster de la saison, lancé début mai. Sinon, nous avons également placé Nokia dans le dernier Batman. Mais il ne s’agit que de quelques exemples parmi plusieurs centaines de films où nous intervenons chaque année.

Comment choisissez-vous les films pour placer vos produits au mieux?
On essaie d’être là où l’on ne nous attend pas. Des James Bond ou le long métrage de Sex & the City ne nous intéressent pas vraiment car il y a tellement de produits placés qu’ils sont noyés dans la masse. Nous essayons d’être plus malins en plaçant, par exemple, la marque Bulgari dans Lord of War. Dans une scène, le héros Nicolas Cage voit une affiche de sa femme, mannequin dans le film, égérie de la marque Bulgari, c’est un très joli clin d’oeil.

Peut-on imaginer un jour que de grands patrons de l’économie soient payés pour porter la montre d’un horloger ou les costumes d’une marque particulière?
On peut tout imaginer, mais sincèrement je n’y crois pas. C’est beaucoup trop dangereux. Vous imaginez l’effet sur un annonceur si le patron qu’il paie pour porter sa montre est pris dans un scandale financier comme celui de la Société générale? Non. Le patron donne certes une image de prestige, mais il lui manque l’émotionnel qui est fondamental pour développer un sentiment d’appartenance.

Quels genres d’entreprises essayez-vous de convaincre aujourd’hui?
Toutes les entreprises nous intéressent mais ces temps, nous travaillons beaucoup sur des entités comme les régions qui peuvent bénéficier d’un bon retour en termes d’image sur une présence dans un film bien choisi. Nous cherchons aussi à convaincre les AOC à forte notoriété comme le bordeaux, le gruyère ou encore le jambon de Parme ou le serrano. B

Photo: Rihanna Bow / © D.R.

AD Watch travaille dans l’ombre des belles maisons

Lundi, août 4th, 2008

Depuis leur atelier genevois, Dan et David Notario assurent la fabrication et le design de prestigieuses montres suisses. Leur entreprise surfe sur la réussite du très haut de gamme.#Par Nicolas Pinguely - Luxes par Bilan No.15 - 14.05.2008

La porte s’ouvre dans la petite ruelle de Saint-Jean, non loin du centre-ville de Genève. Le patron apparaît, une loupe de travail accrochée à ses lunettes vert foncé. Dan Notario n’a pas 30 ans. Dans une pièce adjacente, son jeune employé lime une petite tige en métal avec application. Devant lui, posé sur son établi, un boîtier de montre laisse apparaître un mouvement mécanique qui s’agite. Le cœur vivant du chronomètre. «Nous travaillons pour une douzaine de marques», confie le fondateur d’AD Watch. Michel Jordi, Franck Villa, Villemont, De Witt ou encore MCT ont recours à ses services. L’équipe travaille dans l’ombre des stars de la Foire de Bâle.

Dan Notario est horloger. Avec ses deux employés, il réalise de petites séries dans le très haut de gamme. «Nous nous occupons de tout, de l’habillage du mouvement, de l’emboîtage, de la pose des cadrans ou encore de réglages et de retouches.» La société a été créée à fin 2006. Elle vient d’emménager dans de nouveaux locaux. La peinture a à peine eu le temps de sécher. AD Watch a du travail plein les bras. «Nous ne faisons pas de publicité, les clients viennent par bouche à oreille.»

Un parcours diversifié
L’artisan a été à bonne école. Il a appris le métier chez Chopard et à l’école horlogère, puis est parti chez Patek Philippe. «Dans la profession, les spécialistes ont tendance à rester dans l’entreprise qui les a formés, observe-t-il. J’ai préféré multiplier les expériences, changer d’employeur pour me perfectionner lorsque j’avais l’impression d’avoir fait le tour.»

Un parcours qui le verra diriger le département de production de la manufacture Harry Winston à Plan-les-Ouates. Une doctrine qui le poussera à se mettre à son compte, la passion du travail bien fait chevillée au corps. «Nous réalisons 2 ou 3 montres mécaniques très compliquées par semaine, indique-t-il. Nous produisons aussi une cinquantaine de pièces pour dames fonctionnant à quartz.»

L’horlogerie est une affaire de famille. Le jeune patron s’est associé avec son frère, designer. Au fond du local, une fois passé l’atelier où sont alignés limes, pinces et pâtes à polir, le décor change. Les écrans remplacent les pierres abrasives et la binoculaire. L’espace est dédié au dessin par ordinateur, à la modélisation.

La devise de David Notario, la petite quarantaine, peut se résumer ainsi: «Dites-moi le mouvement que vous mettez dans le boîtier, et j’habille tout ça.» Affichage à prisme, disque sautant, lunette inspirée d’un frein à disque, les montres haut de gamme doivent sortir des sentiers battus pour exister. Face à lui, un prototype de Frédéric Constant tournoie sur l’écran. La marque et son tourbillon sont célèbres. «Un modèle à 400?000 francs.» Lui a prêté sa créativité pour dessiner la carrosserie de cette Ferrari du poignet.

Marchés en pleine croissance
L’avenir? «Nous pourrions facilement être dix à l’atelier avec la masse de travail actuelle», estime Dan Notario. AD Watch veut grandir. L’horlogerie du luxe connaît une expansion sans précédent. «Nous sommes en négociation pour obtenir le financement adéquat», souligne David Notario. Les deux frères veulent rester indépendants, ils ne souhaitent pas être avalés par un grand groupe.

Et tous deux sont positifs pour la suite. «Le boom devrait encore se poursuivre deux ou trois ans. Ce cycle est particulièrement long, car les marchés indiens, russes et chinois ne sont pas encore saturés.» Parole d’horlogers. B

Photo: Dan Notario et David notario, le 05 mai 2008 / © Lionel Flusin

Exclusif : Didier Decker chez Harry Winston

Mardi, mai 13th, 2008

Après plusieurs départs (rendus publics par Bilan dans son numéro 247) suivis de quelques semaines d’incertitudes, la manufacture de Montres Harry Winston, nouvellement installée à Plan-les-Ouates, vient de se doter d’une nouvelle direction. #Ancien directeur exécutif du groupe Franck Muller, Didier Decker a rejoint Harry Winston et vient d’entrer en fonction en tant que directeur de la production et de la manufacture. D’autres nominations devraient être annoncées prochainement, à l’instar de celle de David Gouten, depuis plusieurs années chez Harry Winston, nommé à la vice-présidence des ventes horlogerie et joaillerie du groupe. Enfin, le secteur horloger de Harry Winston connaîtra un nouveau directeur financier en la personne de Bertrand Weisrock, en provenance de chez Richemont.Joaillier de renom, Harry Winston connaît depuis une dizaine d’années un développement remarquable de son secteur horloger, s’appuyant sur une légitimité acquise notamment grâce à la collection Opus. Une légitimité de la marque dans le secteur horloger qui a connu une reconnaissance supplémentaire en 2007 avec l’obtention, pour son Tourbillon à Glissière, du prix de la montre compliquée au Grand Prix d’horlogerie de Genève.

LVMH rachète Hublot

Jeudi, avril 24th, 2008

LVMH a annoncé ce matin la signature d’un accord en vue de l’acquisition du groupe Hublot, basé à Nyon (VD). Ceci met fin à diverses spéculations lancées depuis hier. L’AGEFI annonce notamment que l’horloger suisse serait repris par Gucci…#
Le leader mondial des produits de luxe explique que Hublot est une marque complémentaire de son portefeuille horloger, qui comprend TAG Heuer, Dior Montres ainsi que les collections horlogères des joailliers Chaumet, Fred et De Beers.

Crédit photo Pierre Abouly-EOL

Hublot a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 150 millions de francs suisses en 2007, avec une rentabilité qualifiée d’excellente. ‘Une progression très significative du chiffre d’affaires est attendue en 2008′, précise LVMH.

Sa collection Big Bang propose des modèles équipés de mouvements automatiques dont les prix varient de 8.000 euros (acier et céramique) à plus de 300.000 euros avec métaux précieux et complications horlogères.

‘Je suis heureux que Hublot, marque innovante depuis sa fondation, rejoigne le groupe LVMH’, déclare Carlo Crocco, le fondateur de l’horloger suisse.

LVMH va acquérir Hublot auprès de Carlo Crocco, qui a créé la société en 1980, et d’une société contrôlée par Jean-Claude Biver, dirigeant de Hublot depuis 2004. Le montant de la transaction n’est pas dévoilé.

Ulysse Nardin propulse l’horlogerie dans le XXIe siècle

Vendredi, avril 11th, 2008

En présentant sa montre concept sans lubrifiant, Ulysse Nardin accumule les innovations technologiques. Par son ingéniosité, la PME neuchâteloise dame le pion aux grands groupes.#Par Michel Jeannot

Lorsque - Rolf SchnyderrachèteUlysse Nardinen 1983, la société est exangue. Alors qu’elle avait acquis une renommée prestigieuse dans sa spécialité, le chronomètre de marine, et dans la production de montres à complications, qui lui ont valu de remporter d’innombrables prix, l’entreprise locloise a subi de plein fouet, à la fin des années 1970, l’effondrement de l’horlogerie mécanique suisse face à l’avènement du quartz japonais.

En faisant l’acquisition de cette entreprise moribonde, qui comptait alors deux collaborateurs, l’entrepreneur Rolf Schnyder a une vision pour la marque: innover dans le développement de mouvements mécaniques. S’il ne s’est pas dessiné d’emblée, le succès de cette stratégie est désormais indiscutable. Et les dernières années n’ont fait que le confirmer.

En 2003, la société comptait quelque 130 collaborateurs pour 12 000 montres produites et un chiffre d’affaires de l’ordre de 60 millions. Elle occupe aujourd’hui 280 personnes pour une production de 23 000 mon-tres et un chiffre d’affaires attendu à 180 millions.

Entre ces deux dates, Ulysse Nardin, installée au Locle depuis sa fondation en 1846, a inauguré une nouvelle manufacture à La Chaux-de-Fonds, tout en développant continuellement son outil de production loclois. Et cette dynamique devrait se poursuivre puisque la société construit désormais un bâtiment de trois étages au Locle tandis que l’extension de sa manu- facture chaux-de-fonnière est d’ores et déjà programmée.

Ame de pionnière
Peu exposée en Suisse mais appréciée de tous les collectionneurs et amateurs avertis, la marque locloise s’est souvent singularisée par le développement de produits complexes et originaux sur le plan technique.

Pour ce faire, Rolf Schnyder s’est appuyé sur les connaissances exceptionnelles du LucernoisLudwig Oechslin, aujourd’hui conservateur du Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, mais surtout génial inventeur. On lui doit notamment le ca- libre Freak, une exclusivité Ulysse Nardin dotée d’un mouvement entièrement visible et proposant un échappement totalement inédit. C’était en 2001, et le modèle Freak était tout simplement la première montre dotée d’un échappement en silicium, un matériau qui intéresse désormais une foule de maisons…

Sur cette base, Ulysse Nardin proposera encore plusieurs innovations marquantes qui contribueront à forger la réputation pionnière de la marque. En 2002, la manufacture teste les premiers spiraux en diamant sur des prototypes. En 2005, la société lance le Dual Ulysse, le premier échappement réalisé en nickel-phosphore et en silicium. Dans le même temps, Ulysse Nardin commercialise la première montre dotée d’un échappement en diamant. Et ce printemps, la présentation de la Freak DIAMonSIL®est le premier garde-temps utilisant des composants en silicium servant de matrice pour faire croître une couche de diamant synthétique nanocristallin.

Des jalons pour demain
Toutes ces avancées touchant aux organes vitaux du mouvement mécanique visent à augmenter la fiabilité et la précision de la montre, tout en réduisant ses besoins de main- tenance. En investissant lourdement dans ces développements, et en s’associant à des laboratoires de recherche pour transposer à l’horlogerie des procédés de fabrication utilisés dans d’autres secteurs, la PME s’est montrée plus agile que les grands groupes du secteur.

Elle l’a démontré une nouvelle fois fin 2006 en créantSigatec, une joint-venture avec la société valaisanneMimotec. Cette dernière, spécialisée dans la combinaison des procédés de photolithographie et d’électroformage ou d’électro-déposition, produit pour l’horlogerie des microcomposants aux formes complexes impossibles à réaliser selon des procédés traditionnels.

Lorsque l’on sait que, exception faite de Swatch Group, pratiquement toutes les marques horlogères sont clientes de Mimotec, on mesure l’intérêt de la technologie. Or c’est précisément pour appliquer ce type de procédé au silicium que Mimotec et Ulysse Nardin ont fondé la joint-venture Sigatec.

Sur la base de brevets Mimotec, Ulysse Nardin ou Sigatec, la manufacture locloise a pu développer et présenter sa montre concept InnoVision (lire encadré), laquelle pose incontestablement quelques jalons de ce que sera la haute horlogerie de demain.

Et l’avenir de cette horlogerie passera presque inévitablement par Sigatec: la société entend effectivement proposer ses produits innovants aux marques intéressées.

InnoVision: la quête du Graal
L’histoire horlogère retiendra le nom deJaeger-LeCoultrecomme la première marque à avoir présenté – ce printemps – une montre équipée d’un mouvement fonctionnant sans lubrification. La Master Compressor Extreme LAB et son calibre 988C sont à l’origine de six demandes de brevet. Et de toute évidence, de nombreuses manufactures ont orienté leurs recherches dans cette direction. Ulysse Nardin a fait le second pas concret dans ce domaine en levant récemment le voile sur son modèle concept InnoVision. Si Jaeger-LeCoultre et Ulysse Nardin n’ont pas retenu exactement les mêmes solutions et procédés, l’utilisation de matériaux innovants pour l’horlogerie issus des dernières technologies sont des éléments communs.

L’InnoVision, qui ne sera pas commercialisée en l’état, mais dont certaines innovations intégreront à l’avenir les modèles des collections courantes, compte dix innovations développées par Ulysse Nardin et Sigatec. Avec deux objectifs précis: l’absence de lubrification et le gain de précision.

L’absence de lubrification est un véritable Graal en quête duquel se sont mis tous les horlogers depuis des siècles et qui apparaît aujourd’hui comme une révolution majeure. Elle permet d’accroître la fiabilité de la montre et de réduire sa maintenance, les huiles et les graisses utilisées d’ordinaire dans les mouvements mécaniques étant, dans le temps, pénalisantes et perturbatrices.

L’essentiel des avancées technologiques développées pour le concept InnoVision relève de l’utilisation du silicium et de nouveaux procédés de mise en œuvre de ce matériau. Outre la volonté de supprimer toute lubrification, l’objectif est de tirer profit de la précision du procédé, de révéler le potentiel de l’attaque double face ou à deux niveaux pour des composants en silicium et en nickel, et enfin de parvenir à combiner les avantages des technologies DRIE (deep reactive ion etching) et LIGA (Lithographie, Galvanoformung und Abformung). A noter encore – une première dans l’horlogerie – l’utilisation dans le modèle InnoVision de microcomposants bimatériaux silicium-nickel.

Plusieurs des avancées proposées par InnoVision sont appelées à intégrer les modèles des collections courantes d’Ulysse Nardin dans dix-huit à vingt-quatre mois.
L’entreprise de Daniel Fournier vit sa dernière révolution, asiatique cette fois, il y a deux ans. «Je me suis longtemps refusé à partir en Chine. Moralement, j’étais contre. Je suis né ici et j’ai envie d’y développer mes affaires, je reste assez casanier. C’était une erreur de stratégie. J’ai même perdu des marchés et mis ma société en danger. Puis, je me suis dit: soit je tente l’aventure là-bas, soit mon entreprise est morte.» Il reprend donc sa fameuse serviette – «en fait, c’est la seule chose qui ait changé!» – et repart à l’attaque.

Accompagné d’un Chinois, à raison de quatre voyages par an, il passe au crible d’éventuels partenaires, teste la qualité des produits et finit par ouvrir un bureau à Singapour et un autre à Hongkong. Une collaboratrice chinoise est engagée à Martigny et assure la coordination avec le réseau de partenaires de là-bas. L’an dernier, cette branche a réalisé 3 millions de chiffre d’affaires, «et sûrement le double cette année», annonce-t-il. «Sa réussite est la preuve que l’éconmie d’exportation ne se cantonne pas aux services financiers et high-tech. L’artisanat de luxe, dont la haute horlogerie fait partie, possède de réelles chances dans les marchés globalisés», souligne Pierre-Alain Avoyer, consultant auprès des PME qui exportent.

Daniel Fournier renchérit: «J’ai dû expliquer à mes employés pourquoi fabriquer des meubles de série en Suisse n’était plus rentable et que l’avenir se trouvait dans les pièces et les projets à très haute valeur ajoutée.» Les ouvriers qui font un peu partie de la famille ont tellement bien intégré cette nouvelle donne que leurs prototypes à l’étude rivalisent d’audace. «Grâce à un produit global, nous remportons de nouveaux marchés. C’est un immense atout dans le secteur.»

Une autre force de Daniel Fournier, c’est son goût inné du contact et du marketing personnel. «Je ne fais pas de publicité. Dans mon métier, c’est inutile. Les clients potentiels doivent pouvoir toucher, sentir.» C’est ainsi que naît une nouvelle idée lumineuse.

Salvan Une arme secrète
L’entrepreneur décide de rénover progressivement des raccards et des habitations appartenant à ses ancêtres au cœur de Salvan, un village qui surplombe Martigny. Il les transforme en showrooms dans lesquels il met sa patte personnelle et soigne les détails. De l’escalier tournant aux fresques, des sculptures de chamois aux vieilles parois et poutres apparentes, tout le savoir-faire de la maison Fournier y est concentré.

Le propriétaire a poussé le détail jusqu’à installer dans l’un d’eux une cuisine professionnelle pour permettre à un chef de haut vol de préparer quelques réceptions de prestige. Et cela fonctionne? «Oui, sourit-il malicieusement. J’y ai reçu personnellement tous mes clients pour mieux les connaître, leur expliquer ma passion, leur montrer mon jardin secret. Mais ce qui me marque le plus, c’est de voir le plaisir qu’ils ont à manger des plats aussi simples que des patates avec différents fromages. Ils adorent ça, en parlent à leurs amis et en redemandent.»

Le marketing poussé à cet extrême, il fallait oser. Un coup d’essai qui s’est transformé en coup de maître. «Et comme souvent, en Valais, les soirées se prolongent, j’envisage de créer des chambres d’hôtes pour que mes invités puissent passer la nuit sur place.»

Minuit est passé depuis longtemps. Au loin, la plaine est illuminée. Le petit ébéniste, fils d’ouvrier d’usine, coincé au milieu de ses montagnes, a fait un sacré parcours: de la confection de cuisines des débuts, il est passé à l’aménagement haut de gamme pour tous les grands noms du luxe mondial. Sur le chemin du parking, il conclut: «Nous sommes garants d’un artisanat des temps anciens, tout en utilisant les techniques de gestion et de fabrication les plus modernes.»