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CARLA DEL PONTE BOUDE SON 1er AOÛT ARGENTIN

Jeudi, août 28th, 2008

#top secret - Bilan No.255 - 27.08.2008

Raclette, émincé à la zurichoise, strudel aux pommes et chocolat suisse, la fête du 1er août à la Maison Suisse de Buenos Aires était parfaite. Mais les 300 invités ont été un peu étonnés d’être accueillis par le conseiller économique et non par Carla Del Ponte. Entrée en fonction en janvier, Mme l’ambassadrice était apparemment en vacances. En Suisse?

Photo: Carla Del Ponte à Monaco, le 10 septembre 2007 / © G40/Eyedea Presse

Kirsty Bertarelli en pleine lumière

Mardi, août 5th, 2008

Kirsty Bertarelli a amené le véritable glamour sur les berges du Léman. Aujourd’hui, celle dont un titre est resté vingt semaines numéro un dans les charts anglais se remet à la musique pour soutenir la fondation Smiling Children. Très chic. Rencontre et shooting exclusifs.#Par Stéphane Benoit-Godet - Luxes par Bilan No.15 - 14.05.2008

«Comment est-elle?» «Vraiment belle?» «Que fait-elle?» Dites à vos proches que vous avez rendez-vous avec Kirsty Bertarelli et vous les verrez s’agiter beaucoup plus que si vous alliez voir disons un banquier ou un grand patron d’industrie. Car l’épouse d’Ernesto Bertarelli intrigue.

D’abord, c’est un condensé de glamour comme la région romande en a rarement connu. Lors des soirées mondaines en Suisse, il y a au mieux de l’élégance et de la distinction, mais rarement une telle dose de séduction et de mystère contenu dans, disons, 1?m?65 de grâce. Kirsty qui apparaît lors d’une soirée de gala, c’est la salle qui s’électrise.

Pour répondre aux questions précédemment posées: oui, Kirsty est une femme magnifique qui séduit son environnement. Pour s’en persuader, il suffit d’observer Vincent Calmel, notre photographe, totalement sous le charme, lui qui a pourtant eu dans son objectif tant de beautés, à l’instar de Monica Bellucci. Kirsty, la plus belle femme 500 kilomètres à la ronde? Sans aucun doute.

Comment est-elle? Charmante et disponible: elle s’excuse d’être (très) en retard, Tour de Romandie oblige, plaisante avec esprit et crée immédiatement le lien avec les gens autour d’elle. Ce qu’elle fait en ce moment? Une séance photo, pour nous Luxes par Bilan, et c’est extrêmement rare.

Et, oui, Kirsty est une vraie star: elle arrive malgré elle avec deux heures de retard à notre rendez-vous et s’enferme avec une maquilleuse deux autres heures. Que l’on s’entende bien: Kirsty avait une beauté naturelle bluffante en arrivant et revient de sa séance de préparation dans un halo: elle nous apparaîtrait presque en cinémascope. On lui en veut de ce délai? Même pas. Kirsty a une voix de jeune fille charmante à qui on pardonnerait beaucoup de choses. De plus, elle se donne à fond lors de cette séance photo très exclusive. Quand les plus belles femmes du monde offrent ce qu’elles ont, ceux qui ont la chance d’être présents prennent, se taisent et admirent.

Le début d’un conte de fées
Kirsty parle peu, en fait, et c’est son choix. Sa position n’est pas facile: elle ne veut rien dévoiler de sa vie privée et sa vie publique s’avère des plus restreintes de par sa propre volonté. «J’ai été exposée dans les médias essentiellement à cause du rôle de mon mari dans la Coupe de l’America. Et je ne compte pas l’être plus que cela.» Pourtant, Kirsty a toujours aimé la musique, comme en témoigne «Kirsty B», son nom de scène. Si elle a été dans les beauty pageant durant son adolescence, elle a même remporté le prix de Miss Grande-Bretagne en 1988, «ce n’était que pour devenir chanteuse».

A l’époque, elle signe à la suite un contrat avec Warner Bros., sort un album et se produit dans une série de concerts. En 2000, elle atteint un niveau de reconnaissance rare: elle écrit pour les All Saints les paroles de la chanson Black Coffee qui restera durant vingt semaines numéro un des charts anglais. Sa carrière s’annonce bien, mais le conte de fées qui commence stoppe paradoxalement sa carrière prometteuse. Kirsty rencontre Ernesto cette même année 2000. Tous deux fondent une famille qui compte aujourd’hui trois enfants et rien ne destine plus alors l’épouse de l’industriel milliardaire à une carrière artistique.

Poursuivre aujourd’hui comme chanteuse professionnelle? «Pas du tout envie, assure-t-elle. Avec trois enfants, cela serait impossible. Dans l’ordre de mes priorités, ma famille passe avant toute chose.» Cette jeune femme issue de la classe moyenne anglaise veut transmettre ce qu’elle a connu: une vie de famille heureuse (elle a un frère et une soeur) où les parents ne s’éloignent jamais des enfants: «Même si j’ai une nanny, évidemment, je prépare le repas de mes enfants, les emmène à l’école, bref, tout ce que j’ai moi-même connu.»

Sous l’oeil des critiques
Reste qu’elle ne connaît pas la même vie que celle de son enfance. A 37 ans, la citoyenne britannique vient d’être consacrée le mois dernier femme la plus riche de son pays par le Sunday Times. «Ce n’est pas tout à fait exact», dit-elle dans un sourire. Elle qui était très peu connue jusqu’ici dans sa patrie d’origine va devenir une figure publique. Ce qui ne l’enchante guère, elle qui adore sa vie si paisible en Suisse. Deux jours après la publication de ce classement des superriches, elle avoue ne pas y prêter trop d’attention.

Quant aux mésaventures d’Ernesto, sacré roi du coeur des Suisses après avoir remporté par deux fois la Coupe de l’America et aujourd’hui englué dans d’interminables procédures pour la suite, qu’en dit-elle? «Personne ne peut enlever à mon mari ce qu’il a fait en ramenant et en conservant l’aiguière d’argent en Europe. Maintenant, j’aimerais moi aussi que la compétition retourne sur l’eau plutôt que devant des juges», explique Kirsty. Directe mais sans une trace d’amertume.

Elle sait d’ailleurs qu’elle peut elle-même attirer d’âpres critiques: trop blonde, trop belle, trop riche, trop… tout simplement pour certains. «Une personne est composée de tant de facettes, que vous vous fassiez critiquer pour l’une ou l’autre n’a finalement aucune espèce d’importance. Vous seule connaissez votre vraie valeur.» En une tirade et dans un grand sourire: touché, Kirsty qui a un aplomb hors du commun.

Sa mère, dans une interview à nos confrères du Times, dévoile ce que peu savaient ici: Kirsty a failli mourir à 17 ans à la suite d’une méningite foudroyante. Une source de confiance en soi pour la vie? Sa mère dit surtout que la jeune femme n’a pas changé, toujours proche des siens. Kirsty se dit d’ailleurs fière d’un père directeur d’entreprise qui reçut plusieurs récompenses dans son domaine d’activité et d’une mère excellente chanteuse d’opérette.

Une fibre artistique
Ce goût du show-business, Kirsty l’a aussi. Ses pas ont croisé il y a quelques années ceux de Paul Sutin, le fondateur du studio Dinemec, à Gland, l’un des plus fameux d’Europe, qui vient de produire neuf titres de Kirsty B pour récolter des fonds pour la fondation Smiling Children. «Elle a une musicalité naturelle dans les paroles qu’elle écrit et elle sait imposer et cadencer ses textes», souligne celui qui a travaillé notamment avec des artistes aussi différents et talentueux que Yehudi Menuhin, Chet Baker, Pink et Phil Collins. «Certains comparent son travail à celui de Kylie Minogue ou d’Atomic Kitten. Quel compliment pour quelqu’un qui a juste repris son travail pour une oeuvre de bienfaisance!» Car toutes les recettes de sa musique iront à Smiling Children, une fondation dont la soeur d’Ernesto, Dona, est la marraine. Une fondation qui soutient notamment l’émancipation des jeunes femmes au Maghreb et combat le travail des enfants. Kirsty, de son côté, aimerait créer un jour sa propre fondation, dans le domaine de l’environnement sûrement.

D’autres activités artistiques en vue? Pas vraiment. Le cinéma la passionnerait moins que les séries télévisées qu’elle dévore, de 24 Heures Chrono à Lost. Mais pas Desperate Housewives: elle ne se sent aucun atome crochu avec les héroïnes de Wisteria Lane. Un rôle avec Jack Bauer? «Pas sûr qu’il arriverait à me suivre dans ma vie trépidante de maman», glisse-t-elle dans un sourire. Mais comme dans le célèbre show télévisé, notre temps est compté. L’interview et le shooting terminés, Kirsty nous plante deux bises très franches et s’en va. Dans un nuage d’étoiles. B

Le luxe ultime selon Kirsty Bertarelli

Esthétique «Le traitement Oxygen Facial de L. Raphael, tellement rafraîchissant.»

Hôtellerie «Aucun hôtel ne rivalise avec le Reethi Rah sur l’atoll Malé Nord aux Maldives.»

Chaussures «Le styliste français Christian Louboutin, reconnu dans la chaussure haute couture, est un génie! Je lui avais commandé une paire pour un gala. Il m’en a confectionné une sur mesure.»

Haute couture «J’apprécie nombre de grands couturiers, mais John Galliano représente à mes yeux le créateur ultime.»

Musique «Le bluesman Joe Bonamassa. Un pur talent.»

Le nec plus ultra «Passer du temps en famille.»

Photo: Kirsty Bertarelli, 2008 / © Vincent Calmel /Mitsu120.com

«L’Etat doit montrer L’EXEMPLE aux entreprises»

Lundi, août 4th, 2008

La ministre de l’Economie Doris Leuthard confirme son engagement envers les femmes: pour la première fois, deux top managers féminins ont accompagné en Inde une délégation économique suisse.#Par Nathalie Aguilar-Praz, Bangalore (Inde) - Bilan No.249 - 07.05.2008

C’ est en Inde que Doris Leuthard a conduit il y a quelques jours l’une des plus importantes délégations économiques. Pas moins de vingt-cinq top managers de sociétés comme Novartis, UBS, Credit Suisse, Roche ou encore Lonza ont accompagné la ministre de l’Economie. Et pour la première fois, deux femmes prenaient part aux opérations. Le but de ce voyage d’une semaine: vendre la Suisse aux investisseurs indiens et entretenir les relations entre les deux pays qui ont débuté il y a soixante ans tout juste. Tâche aisée pour la conseillère fédérale démocrate-chrétienne, qui sait à merveille jouer de sa féminité, de son sens de l’humour tout en restant ferme dans les négociations avec les ministres et dirigeants indiens. Coïncidence: c’est une femme, Sonia Gandhi, belle-fille d’Indira Gandhi, elle-même fille de Jawaharla Nehru, le premier des premiers ministres de l’Inde, qui est à la tête d’un des plus importants partis politiques de ce pays de plus d’un milliard d’habitants. Interview d’une ministre engagée:

Pour la première fois dans l’histoire du DFE, deux femmes sont conviées à une délégation économique. C’était une volonté de votre part?
Oui, il est très important d’avoir des femmes dans la délégation. En participant, elles donnent un visage aux femmes qui évoluent dans les milieux économiques. Lors de cette mission en Inde, deux sur trois que j’ai encouragées personnellement ont répondu présent: Myriam Meyer, CEO de RUAG Aerospace, et Jasmin Staiblin, présidente du conseil d’administration d’ABB. Leur carrière permet de montrer aux autres femmes qu’il est possible de réussir en affaires. Elles sont un excellent exemple. Par ailleurs, les nombreux managers qui ont suivi ce voyage comprennent qu’il existe des partenaires femmes de qualité. Cela les incitera, j’espère, à travailler davantage sur l’intégration et la carrière des femmes au sein de leurs entreprises respectives.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour inviter des entrepreneures?
C’est EconomieSuisse qui se charge de la composition de la délégation économique. Je peux cependant inciter les femmes à participer. Les premières expériences me montrent que, souvent, les femmes ne saisissent pas ce genre d’occasion pour réseauter. Peut-être préfèrent-elles se créer un réseau de contacts de manière plus discrète, sans prendre part à des événements publics. Cette manière de faire est assez représentative de la réalité: la preuve, seulement 4% des femmes sont membres des conseils d’administration en Suisse.

Pour quelle raison sont-elles si peu nombreuses?
Parce qu’il est dur de concilier vie de famille et carrière professionnelle. A l’heure actuelle, on manque toujours de crèches et les horaires continus demeurent une exception. Permettre aux parents qui ont des enfants de continuer à travailler reste en Suisse un des principaux défis de ces prochaines années.

Qu’a fait le DFE alors?
En 2007, nous avons publié un manuel destiné aux PME: Travail et Famille (édité par le Secrétariat d’Etat à l’économie, SECO). Le but était de donner aux patrons des pistes afin d’aider leurs employés à obtenir un meilleur équilibre entre leur vie privée et professionnelle.

Et pour l’avenir?
Dès cet été, nous allons réaliser un sondage qui sera publié sur Internet. Le public pourra ainsi comparer quelles sont les différentes mesures concrètes mises en place au sein des entreprises pour promouvoir les femmes. Si les PME jouent la carte de la transparence, nous pourrons savoir où en est la situation des femmes dans le monde du travail. Nous espérons que beaucoup d’entreprises répondront à ce questionnaire.

Dans votre département, qu’avez- vous mis en place pour les carrières féminines?
Nous avons créé des conditions favorables aux femmes, mais aussi aux pères qui partagent de plus en plus l’éducation des enfants. Par exemple, les 2700 employés du DFE ont eu la possibilité de réduire leur temps de travail de 10%. Ce sont surtout les hommes qui ont demandé à bénéficier de cette nouveauté. Nous avons aussi réalisé des monitorings dont l’objectif est d’aider les femmes, à travers un bilan personnel, à découvrir quels sont leurs qualités et leurs points forts. Cette analyse permet de mettre en valeur le potentiel de chacune et de pouvoir les soutenir de manière optimale dans l’évolution de leur carrière.

Comment les entreprises peuvent-elles exploiter le potentiel des femmes?
En Suisse, nous avons 67% de femmes qui travaillent. Nous dépassons largement nos voisins européens. Cependant, la majorité d’entre elles travaillent à temps partiel, voire à un taux inférieur à 50%, et cela principalement dans le but de s’occuper de leurs enfants. Il est dommage de ne pas profiter sur le marché du travail de ces mêmes femmes qui bénéficient souvent d’une excellente formation. Se développer sur les deux fronts, privé et professionnel, ne devrait pas être le privilège des hommes. Offrir le libre choix à tous est primordial pour notre pays.

Une intervention musclée du DFE auprès des entreprises ne serait-elle pas une bonne solution?
Je ne suis pas de l’avis que l’Etat doit mettre en place une loi pour obliger les entreprises à engager des femmes. Le sondage que nous réaliserons l’été prochain montrera si les entrepreneurs tiennent compte de nos conseils. La publication des résultats sera un moment crucial et soulignera quelles entreprises sont favorables aux femmes. Et je crois qu’il faut surtout agir au niveau des cantons en leur demandant d’instaurer l’horaire continu dans les écoles. Selon le projet Harmos, les cantons devraient effectivement l’introduire d’ici à 2013. C’est trop tard! Cette mesure est urgente! On doit en faire une priorité, même si les coûts d’implémentation sont élevés.

Pourtant le Gouvernement norvégien a imposé aux sociétés d’avoir 40% de femmes dans leur conseil d’administration, et cela a fonctionné…
En Norvège, il existe un système favorable aux familles avec des infrastructures qui permettent aux femmes de travailler. Or, en Suisse, ces infrastructures, notamment au niveau de la garde des enfants, font défaut. Tant que ce problème n’est pas résolu, il ne servira à rien d’imposer aux entreprises un pourcentage de femmes. Quand les familles bénéficieront enfin de facilités, le nombre de femmes qui feront carrière augmentera tout seul.

Vous soutenez pourtant les quotas au sein de la Confédération?
Effectivement, j’ai toujours soutenu cette initiative qui demande que les femmes soient représentées à hauteur de 30% dans les conseils d’administration de la Confédération. Je pense qu’en montrant l’exemple au sein même de l’Etat, nous n’aurons pas besoin d’imposer des quotas.

Votre objectif de 25% de directrices au DFE d’ici à 2013 est-il toujours d’actualité?
Oui, bien sûr!

Qu’est-ce qui différencie un homme d’affaires d’une femme d’affaires?
Il ne faut pas généraliser, mais j’ai pu constater que les femmes travaillent davantage en équipe. Elles recherchent un équilibre qui motive les employés. Certains hommes agissent de manière plus individualiste. Bien sûr, il existe aussi certaines businesswomen qui ne manquent pas de se faire remarquer par leur égoïsme.

Quelles sont les autres qualités propres aux dirigeantes?
Elles préfèrent résoudre les problèmes et trouver des solutions tandis que leurs collègues masculins accordent davantage d’importance au pouvoir que confère une fonction.

Et les mères sont-elles de meilleurs managers?
Je pense effectivement que les femmes et en particulier les mères sont plus capables de gérer plusieurs problèmes en même temps. Je me rappelle notamment un événement durant lequel la pluie a commencé à tomber. Les femmes présentes et moi-même avons pris les chaises, les avons rentrées afin de pouvoir continuer le meeting. Pendant ce temps, les hommes regardaient le déluge arriver en se demandant ce qu’il fallait faire. Sans bouger!

Pourquoi les femmes ont-elles tendance à cacher leurs ambitions?
Les raisons sont certes multiples, mais il se peut qu’une carrière rapide nuise au couple. Le partenaire doit accepter, mieux encore soutenir, les ambitions de sa compagne.

On vous décrit comme une femme puissante et influente. Vous aimez ces qualifications?
J’apprécie le pouvoir car il permet d’influencer les choses. Mais maintenant que je l’ai, je ne m’en occupe plus. Je ne cherche pas non plus à en avoir davantage. Si j’ai souhaité avoir ce pouvoir, ce n’était pas pour flatter mon ego mais pour l’utiliser afin de mener à bien des projets pour la société et améliorer le bien-être de la communauté.

Quel autre type de pouvoir aimeriez-vous avoir un jour?
Je me verrais éventuellement dans une organisation internationale telle que l’OMC ou l’OCDE, si je peux accéder à une position qui bénéficie d’une certaine influence. Mais une nouvelle fonction doit avant tout m’intéresser. Je ne changerais pas juste pour avoir davantage de pouvoir.

Vous décririez-vous comme quelqu’un d’ambitieux?
Oui. Mais ce que j’aime avant tout, c’est le changement et les nouveaux challenges. Rester des années à faire le même travail dans le but de faire carrière ne me ressemble pas.

Avez-vous déjà ressenti de la résistance de la part de vos interlocuteurs parce que vous êtes une femme?
Quand je suis devenue présidente du PDC, je me suis retrouvée face à des hommes d’affaires. Au début ils vous scrutent et il faut les convaincre. C’est plus dur pour une femme car le scepticisme est souvent de mise. Mais une fois que vous avez acquis le respect de vos interlocuteurs, il n’y a plus de différence.

Au fait, vous préférez que l’on vous appelle madame le ministre ou madame la ministre?
Cela m’est égal. Je ne me définis pas par le pronom. Mais si je devais vraiment choisir j’aurais une petite préférence pour madame LA ministre. B

Les 30 femmes qui font l’économie romande
L’interview de la conseillère fédérale Doris Leuthard a été réalisée dans le cadre de notre quatrième édition consacrée aux 30 femmes qui font l’économie romande. Une édition spéciale qui sera publiée dans Bilan le 4 juin prochain.

L’opération consiste à présenter des profils de femmes comme des cheffes d’entreprise ou des managers qui siègent ou ont le potentiel de siéger dans plusieurs conseils d’administration. Des profils, qu’ils soient académiques ou atypiques, qui propulsent la Suisse romande vers le futur.

Photo: Doris Leuthard au Palais fédéral à Berne, le 19 novembre 2007 / © DUKAS/Tomas Wuethrich

Ma femme est CEO, je m’occupe des mômes

Mercredi, mai 28th, 2008

Derrière une femme d’affaires qui réussit, il y a souvent un conjoint qui gère le foyer dans l’ombre. Une organisation domestique encore peu courante en Suisse mais très répandue aux Etats-Unis. Enquête et témoignages.#Par Mary Vakaridis - Bilan No.246 - 26.03.2008

Nous avions convenu, mon épouse et moi, que le premier qui aurait une opportunité professionnelle à l’étranger devait la saisir et que l’autre suivrait.» Aussi, lorsque Chantal Gaemperle décroche en mars 2007 le poste de directrice des ressources humaines de LVMH et siège au sein du comité exécutif de direction du groupe, Daniel Ruch la rejoint à Paris avec leurs enfants. Et ce en dépit de sa propre carrière de consultant en management. Pour organiser leur nouvelle vie, Daniel Ruch lève le pied côté travail: il peut se le permettre, il est indépendant. «Nous avons rejoint ma femme quelques mois après son entrée en fonction. J’ai pris en charge le déménagement et les aspects administratifs, cherché des établissements scolaires pour nos enfants de 13 et 9 ans. A Paris, je me charge de l’intendance du quotidien. Le matin, c’est moi qui emmène notre fils à l’école.»

Ce changement de statut ne va pas de soi. «En société, votre identité est souvent définie par votre travail, surtout pour un homme. J’ai de la chance car ma famille valorise mon engagement à la maison et ma disponibilité. Mon épouse dit souvent que sans mon aide, elle ne pourrait pas être aussi efficace professionnellement. Je suis très fier d’elle, et de nos enfants qui se sont adaptés à leur vie parisienne avec beaucoup de courage et d’humour.»

Qu’une femme puisse concilier carrière et vie familiale semble évident pour Daniel Ruch et Chantal Geamperle. Peut-être parce que tous deux ont eu une maman engagée dans la vie professionnelle. Et maintenant que les choses tournent rond, Daniel Ruch s’efforce de trouver des solutions pour reprendre ses activités et prévoit de lancer un nouveau produit d’e-commerce.

Peu courant en Suisse, ce modèle où les rôles traditionnels sont inversés est très répandu dans le monde anglo-saxon et les milieux internationaux. En 1998, alors qu’il est membre de l’exécutif chez AT & T, Frank Fiorina décide de prendre une retraite anticipée. Au moment où la carrière de son épouse, Carly Fiorina, décolle au sein du groupe de télécommunications Lucent. Débauchée l’année suivante par Hewlett-Packard pour prendre la tête de la firme informatique, elle est désignée en 2004 par le magazine Forbes comme l’une des dix femmes les plus puissantes du monde.

En 2002, l’Américaine orchestre le rachat controversé de la société concurrente Compaq. Suite aux performances décevantes du groupe, elle est débarquée par le conseil d’administration en 2005, avec un parachute doré de 21 millions de dollars. Cette icône de la Silicon Valley, toujours accompagnée de son époux, demeure très en vue. Sollicitée comme guest star par la nouvelle chaîne d’informations Fox Business Network, cette fidèle du World Economic Forum de Davos siège au conseil d’administration du Massachusetts Institute of Technology.

ADE? Assistant domestique exécutif
Aux Etats-Unis toujours, le magazine Fortune organise annuellement le sommet des Most Powerful Women in Business. Plus d’un tiers des participantes comptent sur un compagnon au foyer. Et bien que le voisinage leur colle volontiers une étiquette de perdant, ces conjoints de l’ombre présentent un grand bagage professionnel: ils sont scientifiques, responsables marketing, avocats ou pilotes de la Navy. A l’image du couple Stevens: Anne a mené des restructurations drastiques pour le compte du groupe automobile Ford, avant de prendre la direction de Carpenter Technology en 2006. Pendant qu’elle ferme les sites de production et supprime les emplois, Bill, son mari ingénieur, tond la pelouse, fait les courses et le ménage. «Je suis l’assistant domestique exécutif», explique-t-il au magazine.

Quant au fils adolescent de Dina Dublon, ex-directrice financière de J.P.?Morgan et actuelle administratrice de Microsoft et Pepsi, il déclare dans le même journal: «Ma maman a toujours été mon papa.» Un retournement qui s’est fait presque par hasard. Au départ, Dina n’a pas de grande ambition professionnelle. Elle rencontre Giora, un physicien américain, en Israël, le suit aux Etats-Unis sans projet précis, mais entreprend un MBA. Deux ans après la naissance de leur fille en 1983, Giora abandonne la science pour se consacrer à la peinture et à sa famille, tandis que sa femme est en pleine ascension professionnelle. Au sein du couple Dublon, les critères de salaire et d’ambition de carrière ont décidé de la clé de répartition des tâches.

Après avoir conduit les ressources humaines de Sun Microsystems, Eva Sage-Gavin appartient maintenant au directoire de Gap. Son mari Dennis a abandonné momentanément son métier d’avocat pour la suivre dans ses missions pour le compte de Sun et organiser les détails de leurs six déménagements.

Patronne du groupe Drug-store.com, Dawn Lepore s’est fait connaître au sein de la banque de courtage Charles Schwab, où travaillait également, son mari Ken. Le jour où elle obtient une promotion et se retrouve la supérieure hiérarchique de son époux, ce dernier décide de changer d’employeur. Il trouve un job éreintant chez Visa puis prend une retraite anticipée. C’est lui qui élève leurs enfants de 4 ans et 5 mois.

Mener deux carrières dans un couple, c’est possible à condition d’avoir à sa disposition des moyens suffisants pour financer une aide extérieure et un entourage compréhensif. D’origine indienne, Indra Nooyi est arrivée au sommet de la hiérarchie chez Pepsi. Elle vit dans le Connecticut. Son mari, Raj Nooyi, dirige une firme de conseil en management. Il voyage cinq jours par semaine. Pour encadrer leurs deux filles, il y a la mère d’Indra qui vit avec la famille, ainsi que son frère et sa sœur, également installés aux Etats-Unis.

L’obstacle des mentalités
De nationalités suisse et américaine, Carolyn Lutz dirige à Genève son propre cabinet de chasseurs de têtes, à 100% féminin: «La Suisse se montre très conservatrice autant en ce qui concerne les carrières féminines que les modèles familiaux alternatifs.» Avec à son actif cinq ans passés dans l’armée américaine, chez les marines, où elle devient capitaine, elle a eu sous ses ordres une troupe d’une trentaine d’hommes. Plus tard, elle s’installe à Genève et travaille notamment pour le géant américain Procter & Gamble. «Dans ce groupe, le management comprend beaucoup de directrices générales. Nombre d’entre elles ont un mari au foyer», constate-t-elle. En 1998, elle est la première femme en Suisse nommée partenaire chez un acteur majeur du recrutement de cadres, Heidrick & Struggles. «A l’étranger, les femmes étaient déjà nombreuses à ce titre. Aux Etats-Unis, on est particulièrement soucieux de respecter la diversité au sein de la hiérarchie», rapporte-t-elle.

En Suisse, les mœurs et les mentalités demeurent bien différentes. Si bien que les femmes elles-mêmes doutent de la légitimité de leurs aspirations professionnelles. A Genève, Caroline Miller est une spécialiste du recrutement bancaire. Présidente du Women Carrer Forum, elle confesse: «Faire carrière, même si on l’assume pleinement, implique beaucoup de sacrifices, beaucoup de culpabilité lorsque l’on est loin de ses enfants et souvent des relations tendues avec son partenaire. Dans mon cas, cela a abouti à un divorce.»

Cadre bancaire actuellement en postformation à l’IMD, à Lausanne, Jill Székely, séparée, n’est guère plus optimiste: «Il est extrêmement difficile pour une femme de concilier réussite professionnelle et vie de couple, quel que soit le modèle. Si mon compagnon renonçait à son travail pour me suivre à l’étranger, je ne supporterais pas l’idée de son sacrifice. Et j’ai besoin d’être avec un partenaire au statut professionnel valorisant.»

Mais Nicola Thibaudeau, CEO de Micro Precision Systems, à Bienne, rétorque: «Personnellement, comme je suis d’origine québécoise, il me paraît parfaitement normal qu’un homme et une femme poursuivent chacun leur carrière. Mais en Suisse, les responsabilités familiales sont incompatibles avec l’organisation du travail. Il n’y a pas d’horaires continus dans les écoles ni suffisamment de crèches.»

Depuis une année, cette ingénieure en mécanique peut compter sur son conjoint d’origine tessinoise, Giorgio Bernasconi, pour prendre soin de leurs deux enfants de 8 et 10 ans. «Mon mari était directeur hospitalier puis industriel. Il envisageait depuis longtemps de baisser son temps de travail autour des 55 ans. Il occupe maintenant un poste à 50%. Il fait la lessive et organise les vacances. Il amène également les enfants au football, au judo ou à la natation et il s’occupe d’acheter les cadeaux quand ils sont invités à des anniversaires. Sa présence à la maison m’épargne énormément de stress. Et lui aussi a une meilleure qualité de vie car il a su s’organiser pour se garder du temps. Tout le monde nous envie.»

Lorsqu’on parle salaire…
«Qu’une femme gagne plus, les hommes acceptent mal cette asymétrie», souligne l’ensemble des interlocutrices. «Moi, cela ne me pose aucun problème», réplique André, chanteur romand. Son épouse a gravi les échelons un à un dans le secteur privé, en complétant des années durant sa formation par des cours du soir. Elle occupe maintenant un poste à responsabilités à l’administration genevoise. Le couple a un fils de 7 ans et demi.

«Ma femme adore travailler, raconte André. De nous deux, c’est moi qui ai le plus la fibre maternelle. C’était un rêve de pouvoir me consacrer entièrement à mon enfant.» Ce père comblé ne souffre même pas de l’ostracisme qui frappe un homme perdu dans l’univers féminin des mamans. Car il a la chance d’avoir un ami qui vit la même situation. Il relève toutefois: «Parfois, on me regarde de travers. En Suisse, l’idée que c’est l’homme qui doit ramener l’argent à la maison reste très vivace.» B

Photos: © Christophe Beauregard - © Thierry Parel - © Getty Images