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Pétrole, eau et liberté

Jeudi, août 28th, 2008

Alors que le dollar perd son rôle de repère et que la finance est aux abonnés absents pour alimenter la croissance par le crédit, ce sont les matières premières qui deviennent le centre de nos économies.#Éditorial par Stéphane Benoît-Godet - Bilan No.255 - 27.08.2008

Le transport aérien témoigne de temps difficiles.
Depuis le début de l’année, vingt-cinq compagnies ont disparu, victimes du prix du kérosène qui a atteint des niveaux stratosphériques. Lowcost ou pas, compagnies basées ici ou n’importe où ailleurs, quand le carburant représente plus du tiers des coûts d’exploitation, il devient vital.

Ce secteur résume à lui tout seul la situation générale.
Alors que le dollar perd totalement son rôle de repère et que la finance est aux abonnés absents pour alimenter la croissance par le crédit, ce sont les matières premières qui deviennent le centre de nos économies. Celles qui peuvent se substituer à l’argent, mais surtout celles que l’on consomme pour leurs qualités intrinsèques.

Le pétrole, carburant jusqu’ici de quasi toute activité humaine,
se retrouve devenir la vraie valeur que tout le monde se dispute, tout comme les denrées de base d’ailleurs. On se croirait un peu dans les œuvres de science-fiction comme Dune avec l’Epice ou Mad Max avec ses hordes de barbares qui convoitaient déjà… le pétrole. Encourageant!

Les barbares, ce sont ici et maintenant les spéculateurs qui ont fait monter le cours du brut à des records
avant de le délaisser quand leurs déconvenues les ont empêchés de tenir leurs propres positions. Ce sont aussi ceux qui font exploser les prix des denrées alimentaires (parfois les mêmes, mais aussi la politique internationale de développement) et ceux qui veulent transformer des céréales en biocarburant.

Les barbares génèrent une autre population: les illuminés de la «cause»
dont les actions peuvent se révéler tout aussi radicales. Qu’est-ce qui a pris au conseiller national Jacques Neirynck de vouloir interdire l’eau en bouteille? Cette dernière est peut-être chère, on peut même se poser des questions sur son écologie propre, mais personne n’est encore obligé de se rassasier en pack de six.

Une telle attitude pousse même à espérer que Nestlé ne se séparera jamais de ses eaux.
Au vu des gaspillages colossaux d’eau potable auxquels des décisions politiques ont mené, rien ne dit qu’un industriel n’est pas mieux placé que n’importe qui d’autre pour en prendre soin. Quant à savoir si Nestlé est à même de respecter les libertés individuelles, le jugement de la justice vaudoise sur l’infiltration d’ATTAC donnera une réponse très attendue. B

A noter
• Le Café Economique, l’émission que Bilan coproduit avec la Première (diffusée chaque matin de la semaine à 6?h?53) change de formule. Place désormais à un patron qui nous explique l’activité de son entreprise. Premier invité, Peter Brabeck, le président de Nestlé, qui analyse l’eau en bouteille et la polémique qui l’accompagne depuis le début de l’été. Lisez son interview dans le no.255 de Bilan et écoutez l’émission sur bilan.ch.

Photo: Stéphane Benoît-Godet / © Myriam Ramel/D. R.

GROUPE MUTUEL: DES COMPTES D’APOTHICAIRE

Jeudi, août 28th, 2008

#top secret - Bilan No.255 - 27.08.2008

Au lieu d’annoncer une hausse (bien réelle) de 4,1% de ses primes, le n° 1 romand emberlificote: «Compte tenu de la baisse importante (-2%) intervenue en 2008, l’augmentation du niveau moyen des primes en 2009 ne sera que de 2,1% par rapport aux cotisations de l’année 2007. Une fois de plus, les assurés affiliés aux caisses du Groupe Mutuel bénéficieront de primes avantageuses.» (sic)

Les marchés malmènent l’action Swisscom

Mardi, août 12th, 2008

Les investisseurs se détournent des valeurs télécoms en raison de la pression sur les marges. Swisscom se négocie à un cours proche de son premier jour de cotation en automne 1998.#Par Jean-Philippe Buchs - Bilan No.250 - 21.05.2008

Depuis le début de cette année, l’action bleue a fortement reculé sur les marchés financiers: environ moins 18%. Le 19 mars dernier, Swisscom atteignait même son plus bas niveau depuis son introduction en bourse en automne 1998. Ce jour-là, le titre clôturait à 327,50 francs. Soit largement en dessous de son prix d’émission qui avait été fixé à 340 francs. Deux mois plus tard, l’action a remonté un peu la pente pour s’échanger autour de 370 francs le 16 mai dernier. Autrement dit à un niveau proche de son premier jour de cotation (376,50 francs).

Au cours de ces cinq derniers mois, la chute est supérieure à celle de l’indice des valeurs vedettes, qui n’a baissé que de quelque 10%. Or, les turbulences financières auraient dû favoriser Swisscom, une valeur considérée comme défensive. Les résultats sont-ils catastrophiques? Ce n’est pas le cas. Les bénéfices net et opérationnel ont progressé en 2007 et sont satisfaisants pour le 1er trimestre 2008. De surcroît, l’opérateur a maintenu ses prévisions pour cette année et il a même distribué un dividende plus important que l’an dernier.

Alors pourquoi Swisscom, une valeur pourtant faiblement favorisée, est-elle aussi maltraitée en bourse? La raison principale tient au désintérêt des investisseurs pour la branche des télécommunications. A l’étranger, les autres opérateurs ont également enregistré un recul important de leurs cours boursiers. Actuellement, les marchés doutent de la capacité du secteur à générer, dans le futur, une croissance de leurs affaires et une bonne rentabilité. Ils estiment que la pression sur les prix perdurera et empêchera les opérateurs d’améliorer durablement leurs marges bénéficiaires.

Pour l’instant, les analystes s’attendent à une stagnation des télécoms en bourse. Mais le vent change parfois rapidement de direction sur les marchés financiers. B

La géographie des richesses mondiales change. Et vite

Lundi, août 4th, 2008

Les pays du Sud prennent leur revanche après deux cents ans de domination économique et financière de l’hémisphère Nord. La Suisse s’en sort très bien et devrait profiter de cette nouvelle donne.#Par Thierry Vial - BIlan No.249 - 07.05.2008

La prochaine décennie sera marquée par des gros changements sur la carte de la répartition de la fortune mondiale, assure une étude sur 50 pays, menée conjointement par Barclays Wealth et The Economist Intelligence Unit. L’écart entre la fortune des pays les plus développés du monde et les principaux marchés émergents va vite se réduire grâce l’arrivée toujours plus rapide de millions de nouveaux millionnaires en Chine et en Inde, notamment. Si tout le monde s’en doutait déjà, cette étude a le mérite de confirmer cette tendance et donne surtout des prévisions chiffrées sur l’essor de ces richesses à l’horizon 2017.

Ainsi, la Chine passera en dix ans de la 7e à la 3e place mondiale dans le classement de la fortune globale détenue par ses concitoyens, derrière les Etats-Unis et le Japon qui resteront sur les deux premières marches du podium. L’Inde devrait faire son entrée en 8e place dans le club des 10 alors que la Russie passe de la 19e à la 11e place et le Brésil de la 15e à la 12e position.

«Certains pays comme la Chine, l’Inde et d’autres voient leur fortune fortement progresser. Mais cette poussée ne se fait pas au détriment d’autres pays, analyse Philippe Sednaoui, managing director et CEO de Barclays Wealth en Suisse. La carte des richesses mondiales se redessinera ces prochaines années tout en progressant à l’échelle globale. La mondialisation des échanges renforce l’interdépendance entre les pays qui profitent largement de l’accélération de la création de richesses.» Les facteurs accélérateurs dans les pays encore qualifiés d’émergents sont nombreux. Parmi ceux-ci, il faut signaler l’expansion du marché financier indien, la capitalisation du marché des actions chinois ou l’exploitation de l’énorme industrie pétrolière et gazière russe.

71′000 foyers suisses riches de 5 millions de dollars
Dans ce classement mondial des richesses, la Suisse reculera de la 13e à la 19e position en matière de concentration globale de fortunes des ménages. Pas de soucis à se faire pour autant. Au contraire, la Suisse occupera toujours la 3e place en matière de concentration de grosses fortunes sur son territoire. Aujourd’hui, si 22,3% des ménages helvétiques possèdent un patrimoine dépassant le million de dollars, ils seront 28,1% dans dix ans, soit le plus haut taux de richesse derrière Singapour et Hongkong. En 2017, les ménages suisses disposant de plus de 3 millions de dollars de patrimoine seront 126?000, soit 50% de plus qu’aujourd’hui. Cette proportion augmentera même de 48?000 à 71?000 pour les ménages jouissant d’une fortune de plus de 5 millions de dollars.

Avec de tels résultats, la Suisse confirme sa position de centre économique global et restera un endroit privilégié, stable et centralisé pour accueillir les propriétaires de grandes fortunes. Pour Philippe Sednaoui, «la Suisse offre aux personnes fortunées des avantages très intéressants comme le système du forfait fiscal. Si vous y ajoutez la stabilité politique, économique et monétaire ainsi que la discrétion et le professionnalisme des banquiers actifs sur la place, cela en fait un endroit idéal pour attirer les grandes fortunes.» Dans ces conditions, la Suisse ne devrait pas rencontrer trop de problème pour conserver son rang de leader sur le marché du private banking international.

Mais les banquiers sont désormais prévenus, il va falloir se battre pour attirer des gestionnaires de fortune polyglottes qui maîtrisent aussi bien les aléas des marchés financiers que les langues russe, chinoise ou indienne! L’analyse de Philippe Sednaoui.

Quels sont les principaux enseignements à tirer de cette étude sur la fortune mondiale?
Je crois que cette étude nous montre une fois de plus que les pays émergents n’ont pas fini de retenir notre attention. La géographie de la richesse mondiale change et nous observons une réémergence des pays du Sud après deux cents ans de domination économique et financière du Nord. Ces pays vont devenir des acteurs majeurs pour le secteur de la gestion de fortune.

Justement, avec cette répartition mondiale des richesses en mouvement, la Suisse risque-t-elle de perdre sa place de capitale mondiale de la gestion de fortune?
Non, je ne pense pas. La Suisse doit poursuivre sur la voie de la qualité et du professionnalisme en matière de gestion de patrimoine tout en se préparant à recevoir de nouveaux clients. Pour moi, ces changements annoncent une période passionnante qui nous forcera à développer des nouveaux produits et services pour satisfaire au mieux ces nouveaux clients potentiels.

Faut-il s’inquiéter de la montée en puissance de la Chine et de l’Inde?
Non, je crois que mouvement montre que les pays comme la Suisse doivent continuer à se spécialiser sur des secteurs à très haute valeur ajoutée et laisser la réalisation industrielle à d’autres régions qui produisent encore à des coûts beaucoup plus bas. Mais je ne crois pas que ces changements soient dangereux pour les pays occidentaux, car l’interdépendance des pays en matière économique assure une certaine stabilité à l’échelle planétaire. Par contre, il faudra s’habituer à voir des entreprises occidentales céder une partie de leur capital à des fonds souverains très puissants comme en Chine, par exemple, où un fonds doté de 200 milliards de dollars a récemment été mis sur pied pour racheter des entreprises européennes innovantes. B

Photo: Viktor Vekselberg sur le chantier de rénovation du théâtre du Bolshoi à Moscou, le 26 avril 2008 / Ria Novosti

«L’Etat doit montrer L’EXEMPLE aux entreprises»

Lundi, août 4th, 2008

La ministre de l’Economie Doris Leuthard confirme son engagement envers les femmes: pour la première fois, deux top managers féminins ont accompagné en Inde une délégation économique suisse.#Par Nathalie Aguilar-Praz, Bangalore (Inde) - Bilan No.249 - 07.05.2008

C’ est en Inde que Doris Leuthard a conduit il y a quelques jours l’une des plus importantes délégations économiques. Pas moins de vingt-cinq top managers de sociétés comme Novartis, UBS, Credit Suisse, Roche ou encore Lonza ont accompagné la ministre de l’Economie. Et pour la première fois, deux femmes prenaient part aux opérations. Le but de ce voyage d’une semaine: vendre la Suisse aux investisseurs indiens et entretenir les relations entre les deux pays qui ont débuté il y a soixante ans tout juste. Tâche aisée pour la conseillère fédérale démocrate-chrétienne, qui sait à merveille jouer de sa féminité, de son sens de l’humour tout en restant ferme dans les négociations avec les ministres et dirigeants indiens. Coïncidence: c’est une femme, Sonia Gandhi, belle-fille d’Indira Gandhi, elle-même fille de Jawaharla Nehru, le premier des premiers ministres de l’Inde, qui est à la tête d’un des plus importants partis politiques de ce pays de plus d’un milliard d’habitants. Interview d’une ministre engagée:

Pour la première fois dans l’histoire du DFE, deux femmes sont conviées à une délégation économique. C’était une volonté de votre part?
Oui, il est très important d’avoir des femmes dans la délégation. En participant, elles donnent un visage aux femmes qui évoluent dans les milieux économiques. Lors de cette mission en Inde, deux sur trois que j’ai encouragées personnellement ont répondu présent: Myriam Meyer, CEO de RUAG Aerospace, et Jasmin Staiblin, présidente du conseil d’administration d’ABB. Leur carrière permet de montrer aux autres femmes qu’il est possible de réussir en affaires. Elles sont un excellent exemple. Par ailleurs, les nombreux managers qui ont suivi ce voyage comprennent qu’il existe des partenaires femmes de qualité. Cela les incitera, j’espère, à travailler davantage sur l’intégration et la carrière des femmes au sein de leurs entreprises respectives.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour inviter des entrepreneures?
C’est EconomieSuisse qui se charge de la composition de la délégation économique. Je peux cependant inciter les femmes à participer. Les premières expériences me montrent que, souvent, les femmes ne saisissent pas ce genre d’occasion pour réseauter. Peut-être préfèrent-elles se créer un réseau de contacts de manière plus discrète, sans prendre part à des événements publics. Cette manière de faire est assez représentative de la réalité: la preuve, seulement 4% des femmes sont membres des conseils d’administration en Suisse.

Pour quelle raison sont-elles si peu nombreuses?
Parce qu’il est dur de concilier vie de famille et carrière professionnelle. A l’heure actuelle, on manque toujours de crèches et les horaires continus demeurent une exception. Permettre aux parents qui ont des enfants de continuer à travailler reste en Suisse un des principaux défis de ces prochaines années.

Qu’a fait le DFE alors?
En 2007, nous avons publié un manuel destiné aux PME: Travail et Famille (édité par le Secrétariat d’Etat à l’économie, SECO). Le but était de donner aux patrons des pistes afin d’aider leurs employés à obtenir un meilleur équilibre entre leur vie privée et professionnelle.

Et pour l’avenir?
Dès cet été, nous allons réaliser un sondage qui sera publié sur Internet. Le public pourra ainsi comparer quelles sont les différentes mesures concrètes mises en place au sein des entreprises pour promouvoir les femmes. Si les PME jouent la carte de la transparence, nous pourrons savoir où en est la situation des femmes dans le monde du travail. Nous espérons que beaucoup d’entreprises répondront à ce questionnaire.

Dans votre département, qu’avez- vous mis en place pour les carrières féminines?
Nous avons créé des conditions favorables aux femmes, mais aussi aux pères qui partagent de plus en plus l’éducation des enfants. Par exemple, les 2700 employés du DFE ont eu la possibilité de réduire leur temps de travail de 10%. Ce sont surtout les hommes qui ont demandé à bénéficier de cette nouveauté. Nous avons aussi réalisé des monitorings dont l’objectif est d’aider les femmes, à travers un bilan personnel, à découvrir quels sont leurs qualités et leurs points forts. Cette analyse permet de mettre en valeur le potentiel de chacune et de pouvoir les soutenir de manière optimale dans l’évolution de leur carrière.

Comment les entreprises peuvent-elles exploiter le potentiel des femmes?
En Suisse, nous avons 67% de femmes qui travaillent. Nous dépassons largement nos voisins européens. Cependant, la majorité d’entre elles travaillent à temps partiel, voire à un taux inférieur à 50%, et cela principalement dans le but de s’occuper de leurs enfants. Il est dommage de ne pas profiter sur le marché du travail de ces mêmes femmes qui bénéficient souvent d’une excellente formation. Se développer sur les deux fronts, privé et professionnel, ne devrait pas être le privilège des hommes. Offrir le libre choix à tous est primordial pour notre pays.

Une intervention musclée du DFE auprès des entreprises ne serait-elle pas une bonne solution?
Je ne suis pas de l’avis que l’Etat doit mettre en place une loi pour obliger les entreprises à engager des femmes. Le sondage que nous réaliserons l’été prochain montrera si les entrepreneurs tiennent compte de nos conseils. La publication des résultats sera un moment crucial et soulignera quelles entreprises sont favorables aux femmes. Et je crois qu’il faut surtout agir au niveau des cantons en leur demandant d’instaurer l’horaire continu dans les écoles. Selon le projet Harmos, les cantons devraient effectivement l’introduire d’ici à 2013. C’est trop tard! Cette mesure est urgente! On doit en faire une priorité, même si les coûts d’implémentation sont élevés.

Pourtant le Gouvernement norvégien a imposé aux sociétés d’avoir 40% de femmes dans leur conseil d’administration, et cela a fonctionné…
En Norvège, il existe un système favorable aux familles avec des infrastructures qui permettent aux femmes de travailler. Or, en Suisse, ces infrastructures, notamment au niveau de la garde des enfants, font défaut. Tant que ce problème n’est pas résolu, il ne servira à rien d’imposer aux entreprises un pourcentage de femmes. Quand les familles bénéficieront enfin de facilités, le nombre de femmes qui feront carrière augmentera tout seul.

Vous soutenez pourtant les quotas au sein de la Confédération?
Effectivement, j’ai toujours soutenu cette initiative qui demande que les femmes soient représentées à hauteur de 30% dans les conseils d’administration de la Confédération. Je pense qu’en montrant l’exemple au sein même de l’Etat, nous n’aurons pas besoin d’imposer des quotas.

Votre objectif de 25% de directrices au DFE d’ici à 2013 est-il toujours d’actualité?
Oui, bien sûr!

Qu’est-ce qui différencie un homme d’affaires d’une femme d’affaires?
Il ne faut pas généraliser, mais j’ai pu constater que les femmes travaillent davantage en équipe. Elles recherchent un équilibre qui motive les employés. Certains hommes agissent de manière plus individualiste. Bien sûr, il existe aussi certaines businesswomen qui ne manquent pas de se faire remarquer par leur égoïsme.

Quelles sont les autres qualités propres aux dirigeantes?
Elles préfèrent résoudre les problèmes et trouver des solutions tandis que leurs collègues masculins accordent davantage d’importance au pouvoir que confère une fonction.

Et les mères sont-elles de meilleurs managers?
Je pense effectivement que les femmes et en particulier les mères sont plus capables de gérer plusieurs problèmes en même temps. Je me rappelle notamment un événement durant lequel la pluie a commencé à tomber. Les femmes présentes et moi-même avons pris les chaises, les avons rentrées afin de pouvoir continuer le meeting. Pendant ce temps, les hommes regardaient le déluge arriver en se demandant ce qu’il fallait faire. Sans bouger!

Pourquoi les femmes ont-elles tendance à cacher leurs ambitions?
Les raisons sont certes multiples, mais il se peut qu’une carrière rapide nuise au couple. Le partenaire doit accepter, mieux encore soutenir, les ambitions de sa compagne.

On vous décrit comme une femme puissante et influente. Vous aimez ces qualifications?
J’apprécie le pouvoir car il permet d’influencer les choses. Mais maintenant que je l’ai, je ne m’en occupe plus. Je ne cherche pas non plus à en avoir davantage. Si j’ai souhaité avoir ce pouvoir, ce n’était pas pour flatter mon ego mais pour l’utiliser afin de mener à bien des projets pour la société et améliorer le bien-être de la communauté.

Quel autre type de pouvoir aimeriez-vous avoir un jour?
Je me verrais éventuellement dans une organisation internationale telle que l’OMC ou l’OCDE, si je peux accéder à une position qui bénéficie d’une certaine influence. Mais une nouvelle fonction doit avant tout m’intéresser. Je ne changerais pas juste pour avoir davantage de pouvoir.

Vous décririez-vous comme quelqu’un d’ambitieux?
Oui. Mais ce que j’aime avant tout, c’est le changement et les nouveaux challenges. Rester des années à faire le même travail dans le but de faire carrière ne me ressemble pas.

Avez-vous déjà ressenti de la résistance de la part de vos interlocuteurs parce que vous êtes une femme?
Quand je suis devenue présidente du PDC, je me suis retrouvée face à des hommes d’affaires. Au début ils vous scrutent et il faut les convaincre. C’est plus dur pour une femme car le scepticisme est souvent de mise. Mais une fois que vous avez acquis le respect de vos interlocuteurs, il n’y a plus de différence.

Au fait, vous préférez que l’on vous appelle madame le ministre ou madame la ministre?
Cela m’est égal. Je ne me définis pas par le pronom. Mais si je devais vraiment choisir j’aurais une petite préférence pour madame LA ministre. B

Les 30 femmes qui font l’économie romande
L’interview de la conseillère fédérale Doris Leuthard a été réalisée dans le cadre de notre quatrième édition consacrée aux 30 femmes qui font l’économie romande. Une édition spéciale qui sera publiée dans Bilan le 4 juin prochain.

L’opération consiste à présenter des profils de femmes comme des cheffes d’entreprise ou des managers qui siègent ou ont le potentiel de siéger dans plusieurs conseils d’administration. Des profils, qu’ils soient académiques ou atypiques, qui propulsent la Suisse romande vers le futur.

Photo: Doris Leuthard au Palais fédéral à Berne, le 19 novembre 2007 / © DUKAS/Tomas Wuethrich

«Il faut réévaluer toute l’organisation de Nespresso»

Vendredi, avril 11th, 2008

En juillet dernier, le Français Richard Girardot a pris ses fonctions comme nouveau directeur général de Nespresso. Pour la première fois, il confie ses priorités stratégiques. Par Cyril Jost et Pascal Vuistiner#
Richard Girardot ne court pas après la presse. En tant que PDG deNestlé WatersFrance entre 2003 et 2007, il a piloté la restructuration mouvementée dePerrier, une épreuve «qui forme le cuir» face aux médias, selon ses termes. Alors pour sa première interview en terre romande, le nouveau directeur général deNespressoa pris son temps. Huit mois après son entrée en fonction au siège de l’entreprise à Paudex, ce Français de 52 ans nous a fixé rendez-vous à Lausanne, dans la nouvelle boutique Nespresso des Portes Saint-François. En ce début d’après-midi, l’endroit ne désemplit pas: certains clients viennent y acheter leurs capsules, d’autres sont installés dans la partie lounge pour y déguster l’un des douze «grands crus» de la marque. Au moment de prendre la commande, Richard Girardotinsiste: il faut absolument goûter le cappuccino. «Vous verrez, dit-il. C’est un produit fantastique!»

Qu’a-t-il de particulier, ce cappuccino?
Il a été fabriqué grâce à notre nouvelle machine Lattissima. Vous appuyez sur un bouton et tout le reste est automatisé, y compris la mousse de lait.

C’est votre porte d’entrée pour les Etats-Unis?
Tant que nous ne disposions pas d’une machine capable de faire un café comme celui-ci, nous étions limités au marché des buveurs d’expresso. Or, la plupart des Américains consomment du café avec du lait. Cette culture s’est fortement développée sous l’impulsion d’un opérateur très puissant (Starbucks, ndlr). Avec la machine Lattissima, lancée il y a trois mois, nous pouvons enfin répondre à cette attente.

Comment réagit le public américain?
Il y a un vrai engouement. Nous le constatons dans notre boutique new-yorkaise sur Madison Avenue, mais aussi en discutant avec nos partenaires distributeurs.
Nespresso est passé d’un chiffre d’affaires de 820 millions de francs en 2005 à 1,7 milliard en 2007. L’objectif des 2 milliards de francs, initialement fixé à 2010, sera atteint dans quelques mois. La croissance peut-elle se poursuivre à ce rythme?
J’arrive dans une situation idyllique, avec des taux de croissance faramineux dont le mérite revient à mes prédécesseurs. Mais nous n’allons pas continuer à faire 40% de progression chaque année. Nous entrons dans une nouvelle phase, où l’objectif est l’internationalisation de la marque. Aujourd’hui, la moitié de notre chiffre d’affaires dépend encore des seuls marchés suisse et français.

Le marché suisse est-il saturé?
Un foyer helvétique sur quatre est équipé d’une machine Nespresso. Même s’il existe encore une marge de progression, elle ne sera pas de la dimension que nous avons connue jusqu’ici. En France, nous sommes à un taux de pénétration de 4%. La marge de progression est donc plus importante, mais il faut aussi tenir compte des particularités de chaque pays: de par la culture du café en France, nous n’aurons sans doute jamais un taux de pénétration de 25% comme en Suisse.

Votre contrat avec George Clooney ne vous permet pas d’utiliser son image aux Etats-Unis. Allez-vous tenter de modifier les termes de ce contrat?
Avant d’avoir George Clooney en France et en Suisse, il s’est passé quinze ans, et cela n’a pas empêché l’entreprise de passer de 50 millions de francs de chiffre d’affaires à 1 milliard de francs. Notre priorité aux Etats-Unis, c’est d’installer une relation avec nos partenaires distributeurs et avec nos membres du Club Nespresso. Une fois que nous aurons cette base, nous pourrons activer la communication.

Combien de boutiques allez-vous ouvrir dans l’immédiat aux Etats-Unis?
J’espère établir un front de contact de 10 à 15 points de vente assez rapidement, mais tout dépend des opportunités. A Lausanne, nous avons dû attendre plusieurs années avant de trouver le bon emplacement.

Après l’usine d’Orbe inaugurée en 2003, vous êtes en train de construire un deuxième centre de production à Avenches. Quand sera-t-il opérationnel?
Les premières lignes seront installées début juin et l’usine ouvrira autour du 1er juillet 2008.
Le siège de la société à Paudex est également trop petit. Avez-vous trouvé un nouvel emplacement?
Il existe deux ou trois options dans le canton de Vaud, mais nous sommes encore en pleine négociation. La décision finale ne tombera pas avant la fin du printemps prochain. Les discussions prennent un peu plus de temps que prévu. Je découvre que la Suisse peut être aussi compliquée que la France sur le plan administratif, surtout en matière d’immobilier!

Quelle sera la capacité de ce nouveau siège?
Il doit pouvoir accueillir 400 à 500 personnes sur un horizon de cinq ans. Actuellement, nous sommes 250.

En arrivant à Paudex, quelle a été votre première priorité?
Nespresso a grandi extrêmement vite. L’entreprise est partie dans beaucoup de directions différentes, notamment sur le plan géographique. Etant donné l’évolution de la concurrence au cours de ces dix-huit derniers mois, je crois qu’il faut se recentrer sur nos priorités et devenir encore plus flexibles. Aujourd’hui, notre société doit gravir une nouvelle marche. Le profil des gens qui faisaient 100 millions de chiffre d’affaires et celui des gens qui font 2 milliards n’est pas forcément le même. Il faut donc aussi réévaluer toute l’organisation.

La culture d’entreprise chez Nespresso est-elle différente de celle que vous avez connue en France?
La culture d’une entreprise dépend en grande partie du chef. Mon prédécesseur était Allemand, j’ai donc trouvé une culture plutôt germanique en arrivant. Moi-même, je suis très latin et j’ai travaillé durant quatre ans à Nîmes, ce qui a laissé quelques traces. J’essaie d’introduire une culture de l’évaluation au quotidien. Quand ça ne va pas, on le dit et on n’attend pas l’évaluation annuelle pour l’écrire sur un formulaire.

Comment s’est passée votre intégration en Suisse?
Pour un Français, il y a une appréhension à venir vivre ici, car la Suisse a une image caricaturale d’îlot pour privilégiés et personnes âgées. Ma première bonne surprise a donc été l’extrême gentillesse des gens et la qualité de l’accueil. Ce sont des valeurs qui se font rares en France.

Pourquoi vous a-t-on choisi pour diriger Nespresso?
Je pense que mon expérience dans l’exportation des eaux minérales de Nestlé, dont un tiers se vend aujourd’hui en dehors de la France, a été un facteur important. Par ailleurs, mon expérience dans le marketing et le rôle que j’ai joué dans le repositionnement de la marque Perrier a sans doute aussi pesé dans la balance.

Vous attendiez-vous à une telle proposition?
Cela faisait vingt ans que j’étais dans l’eau minérale, et j’avais fait savoir que changer de «bocal» à l’intérieur du groupe ne me déplairait pas. A la fin de l’année 2006, on m’a proposé cette position. C’est une offre qui ne se refuse pas: le job de Nespresso dans l’univers Nestlé, c’est l’un des plus beaux!
A ses débuts, Nespresso était une sorte de start-up développée en marge des activités de Nestlé. L’entreprise a-t-elle perdu cette indépendance?
Soyons clairs: Nespresso n’est plus une start-up. La société n’a qu’un seul actionnaire, qui est Nestlé. Elle n’a donc pas vocation à être indépendante. Le mot clé, c’est autonomie. Notre modèle d’affaires est unique, mais nous sommes partie prenante dans la stratégie du groupe Nestlé.

Il existe plusieurs autres systèmes de café en portions individuelles. Que faites-vous pour contrer la concurrence?
C’est très bien que la concurrence existe. Elle nous force à nous poser des questions et à réfléchir à l’avenir. Mais notre premier objectif, c’est juste de faire le meilleur espresso disponible sur le marché.

La patente sur le système à capsules arrive à échéance en 2012. Ne craignez-vous pas que les grands distributeurs suisses comme Migros et Coop se mettent à produire leurs propres capsules?
Si un concurrent veut se lancer sur ce marché, je lui dis bonne chance. Je ne veux pas paraître prétentieux, mais le travail fait par les équipes de Nespresso depuis vingt ans n’est pas facile à imiter sur les plans technique et qualitatif.

Nescafé a lancé la machine Dolce Gusto. Ne risque-t-elle pas de concurrencer Nespresso?
Nespresso se situe dans la catégorie de café «super premium». Notre modèle d’affaires repose essentiellement sur notre club et nos boutiques, et nous ne vendons pas nos capsules chez d’autres distributeurs. En revanche, on trouve toute une série de produits «premium» dans les grandes surfaces aujourd’hui, et Nestlé ne pouvait être absent de ce créneau. Nespresso et Nescafé sont donc totalement complémentaires.

Pour l’instant, il n’y a qu’en Suisse que les consommateurs recyclent les capsules à grande échelle. Quelles solutions envisagez-vous à l’étranger?
Nous travaillons activement sur la question, mais ce n’est pas si simple. Il faut trouver des opérateurs locaux qui assurent le recyclage avec nous. En Allemagne par exemple, nous avons trouvé une solution avec Der Grüne Punkt. En France, en Autriche et dans d’autres pays européens, nous sommes également en train de chercher des solutions.

Quel a été l’impact de la deuxième campagne publicitaire avec George Clooney?
Les scores d’impact montrent un résultat encore plus positif que pour la première campagne. Je précise que je n’y suis pour rien, puisque toute cette campagne a été préparée avant mon arrivée! Mon seul apport, c’est d’avoir fait rajouter un plan dans le spot publicitaire, lorsque la caméra fait un zoom sur l’assortiment des capsules.

Avez-vous fait la connaissance de George Clooney?
Pas encore. Mais j’ai envie et besoin de le rencontrer.

Pour parler de la suite de votre collaboration avec lui?
Entre autres. Pour l’instant, notre contrat court jusqu’en 2009. Pour le reste, tout est encore ouvert.

«Marcel Ospel s’est trompé. Qu’il assume!»

Vendredi, mars 28th, 2008

Pascal Couchepin analyse la crise financière et rappelle quelques vérités à tous ceux qui ont cru que la haute finance pouvait se payer le luxe d’être déconnectée de la réalité. Par Jean-Philippe Buchs et Pascal Vuistiner#
Le président de la Confédération, Pascal Couchepin, a reçu Bilan à Berne pour évoquer la crise financière et en particulier les difficultés de UBS. Pour lui, aucun doute, Marcel Ospel doit tirer les conséquences de la débâcle et se retirer. Le Valaisan n’a pas de mots assez durs pour ces banquiers professeurs qui ont cru que l’économie pouvait donner des leçons à la politique. Interview.
La finance mondiale est en crise. Subprime aux Etats-Unis, difficultés pour UBS, banque anglaise nationalisée, affaire Kerviel, fraude fiscale massive en Allemagne. Quelle est votre appréciation de la situation?
Je crois que l’inquiétude est à la hauteur des illusions que nous avons entretenues depuis des années. L’amateur éclairé ne comprenait plus rien à ce monde. Les grands gourous comme Alan Greenspan nous disaient que ce n’était pas grave, que les paradigmes étaient en train de changer, que la gestion des risques et la stabilisation du système étaient assurées grâce à des modèles mathématiques sophistiqués. A la fin, et même si je crois que ces instruments étaient bons, on voit que les risques sont partout et qu’ils sont finalement supportés par ceux qui ont les capitaux.

Si ce n’est pas la faute aux instruments mathématiques, alors qui est responsable?
Une chasse aux sorcières est inutile. UBS a cru sincèrement qu’elle maîtrisait son système, mais, comme me le rappelait quelqu’un, UBS a oublié que lorsqu’on leur disait que dehors il pleuvait, il fallait de temps en temps mettre le doigt par la fenêtre. Je suis persuadé qu’il faut revenir aux bases, écouter les signaux et être prudent. Quand des collaborateurs viennent me présenter des chiffres, je les encourage toujours à les disséquer de manière critique. Un peu de bon sens n’a jamais fait de mal à personne.

Estimez-vous que la finance est complètement déconnectée de la réalité aujourd’hui?
Je ne sais pas. Mais dans tous les cas, les événements récents prouvent que la réalité n’est pas déconnectée de la finance. Cette crise influence le secteur du crédit, donc l’économie réelle.

Avez-vous peur pour l’avenir de UBS?
Absolument pas. UBS tousse dans l’une de ses activités. Tout le reste de la banque est parfaitement sain. Et l’immense majorité des banques suisses vont bien. La gestion de fortune, à Genève notamment, se porte très bien. La place financière suisse marche bien. Les assurances ont été touchées par cette crise mais restent solides.

Comment pensez-vous que se déroulera l’assemblée générale du 27 février?
Si elle se passe bien, la confiance sera de retour.

Même si UBS a dû aller chercher des capitaux étrangers, en particulier à Singapour, longtemps considérée comme une place concurrente de la Suisse?
Ce n’est pas inquiétant: ils sont là pour des raisons capitalistiques mais pas opérationnelles: ils n’ont pas demandé de siège au conseil d’administration. Et je préfère un fonds souverain comme celui-là plutôt qu’un hedge fund agressif qui demande des résultats immédiats.

En même temps, avec 10% du capital, ce fonds va dominer les assemblées générales?
Cela me paraît peu vraisemblable, même si je veux bien admettre que face à un actionnariat dispersé, le rôle du fonds sera important.

Ils auront aussi accès à des informations privilégiées sur la place financière suisse…
Je ne pense pas qu’ils auront une information de plus qu’aujourd’hui. Ils souhaitent simplement rentabiliser leur investissement sur le long terme.

Dans la polémique sur le rôle de Marcel Ospel et sur le fait que beaucoup appellent à sa démission, quelle est votre position. Partira, partira pas?
Je ne ferai aucun commentaire. C’est aux actionnaires de se prononcer. Par contre, je m’insurge contre le fait que Marcel Ospel ait touché des salaires pharaoniques pendant quatre-cinq ans et que, lorsque la banque tousse, il puisse tout garder. Ce n’est pas l’affaire de l’Etat, mais j’estime que ce n’est pas concevable.

Faut-il dès lors injecter un peu de moralité dans le système?
Non. Car les conseils d’administration des grandes entreprises internationales redéfiniront ces prochaines années la manière de rémunérer leurs dirigeants. Les actionnaires vont trancher, la situation actuelle n’est plus tenable. Une prise de risque exorbitante qui se passe mal par la suite appelle – à mon sens – des corrections.

Comment UBS a-t-elle pu prendre de tels risques?
Tout le monde a participé à un système mis sous une terrible pression par des analystes qui demandaient des résultats toujours plus impressionnants. Donc la prise de risque a augmenté. Au fond, la période que nous vivons constitue une sorte de piqûre de rappel à tous ceux qui ont oublié que la gestion d’une entreprise se construit sur le long terme. Un Américain me rappelait au tout début de cette crise que la banque d’investissement est comparable à un ascenseur. Ça monte et ça descend. Il ne faut jamais le perdre de vue.

Suggérez-vous par là qu’UBS devrait se concentrer uniquement sur la banque privée?
Pas du tout. La stratégie de la banque dépend du conseil d’administration, pas de la politique.

Justement, certains voyaient d’un assez bon œil l’introduction de principes économiques dans la gestion politique suisse. Qu’en est-il aujourd’hui?
Les champions de cette cause ont disparu. Je n’ai jamais entonné ce chant-là. J’ai toujours été conservateur en matière de politique, en reconnaissant néanmoins que certains instruments de gestion moderne peuvent évidemment aider la politique. Mais je prétends depuis toujours que les grands patrons sont très rarement de grands politiciens. Il s’agit de deux métiers différents qui doivent se respecter. Marcel Ospel s’est montré particulièrement imprudent avec le monde politique dans certaines interviews. Sur la durée, il s’est trompé.

Ce n’est pas le seul banquier à s’être impliqué dans le débat politique…
Certes, mais les autres ont été plus prudents. Aujourd’hui, je n’entends plus ces donneurs de leçons. Ils furent de véritables professeurs dont certains ne connaissaient pas grand-chose. Que sont-ils devenus? Ils sont d’une modestie qui suscite une admiration tempérée. Je les invite à ne pas se désintéresser de la chose publique.

Pour vous, cela signifie-t-il qu’il n’existe aucun pont entre ces deux mondes?
Il faut avoir des discussions, mais on ne peut pas transférer tels quels des principes économiques dans la politique.

Vous avez assisté à la chute de Swissair et aux problèmes de UBS. N’avez-vous pas peur que les joyaux de l’économie suisse tombent les uns après les autres?
Il n’y a d’abord aucune comparaison entre ces deux situations. UBS ne va pas mourir. Je suis évidemment triste lorsque des fleurons de l’économie suisse toussent ou disparaissent. Mais regardez un peu ce qui s’est passé à la Bourse de New York ces trente dernières années. Combien de sociétés ont disparu ou ont été transformées. Le paysage a changé. C’est aussi le cas en Suisse, notamment dans le secteur bancaire.

Estimez-vous que c’est le moment d’acheter des actions UBS?
(Il rit mais ne répond pas.) Je ne dirai qu’une chose: toute ma vie, j’ai pris des risques boursiers que je ne recommanderais pas à d’autres. Je n’achète jamais d’obligations ni de placements. J’ai donc souvent exagéré dans la prise de risques. Mais je m’en sors bien.

Et à UBS, alors, combien d’actions?
Cela ne vous regarde pas mais je peux vous assurer que je finirai ma vie sans difficultés financières.

UBS n’est évidemment pas la seule banque à connaître de graves problèmes. En Angleterre, le gouvernement a finalement décidé de nationaliser provisoirement la Northern Rock. Quel est votre avis?
D’abord, je puis vous assurer que cela n’arrivera pas en Suisse. UBS est capable de sortir de la crise par elle-même. Lorsque l’Etat doit intervenir, comme dans le cas de Swissair, c’est toujours un échec. Je n’ai aucune intention de me mêler de leurs affaires, comme il est vrai qu’à un certain moment, j’aurais préféré qu’ils ne se mêlent pas des miennes.

Une immense fraude fiscale a été mise au jour en Allemagne avec des ramifications au Liechtenstein. Etes-vous inquiet d’éventuelles répercussions de cette affaire en Suisse?
Absolument pas, même si je suis très choqué des agissements des patrons allemands, en particulier de celui de Deutsche Post. Lorsque la fraude fiscale est organisée de la sorte, le risque est que les fraudeurs finissent par tuer le système.

Pensez-vous vraiment que la Suisse soit à l’abri d’une offensive étrangère qui chercherait à obtenir des informations confidentielles sur les comptes de ressortissants de son pays en payant des informateurs?
Je ne connais pas par cœur le système de contrôle suisse, mais je suis sûr d’une chose: les banques suisses ont parfaitement segmenté les informations pour éviter ce genre de crise. A la fin, ce que les banques suisses doivent à tout prix préserver, c’est la culture de la confidentialité, pas le culte du secret bancaire. Son maintien est vital pour la relation de confiance avec la famille, pas pour soustraire des impôts au fisc.

En Suisse, existe-t-il des patrons qui fraudent?
Certainement. Je rappelle néanmoins qu’en Suisse l’impôt sur la fortune existe mais reste faible. Il oblige les contribuables à produire un état de leur patrimoine. Si vous trichez, vous êtes paralysé. Soit maintenant, soit à l’ouverture du testament. Il ne faut pas se faire d’illusions. Les Suisses ne sont certes pas des saints, mais il reste relativement handicapant de cacher au fisc de l’argent devenu inutilisable par la suite.

Les Suisses seraient donc plus civiques que les Allemands?
C’est difficile de répondre. Mais une chose est sûre. Il faut tout faire pour que ceux qui paient des impôts aient l’impression d’une certaine justice.

Point de salut sans croissance: ce qu’il reste à accomplir

Mardi, mars 25th, 2008

Malgré une croissance à nouveau forte, l’économie helvétique perd du terrain face à ses concurrents. Seules de profondes réformes permettront à la Suisse de ne plus s’appauvrir Par Jean-Philippe Buchs.#
Dans un quart de siècle, la Suisse sera-t-elle plus pauvre que l’Espagne? Dans un ouvrage publié en 2004, les économistesSilvio BorneretFrank Bodmeravaient suscité une belle polémique. Depuis lors, l’économie helvétique a renoué avec une croissance forte. La hausse annuelle moyenne du produit intérieur brut (PIB) est nettement supérieure à 2%. Pour la première fois depuis le début des années 1990, elle est même plus élevée que celle de la zone euro. La Suisse a largement bénéficié de la vitalité des marchés financiers mondiaux, de la dépréciation du franc face à l’euro qui a facilité les exportations, ainsi que de l’amélioration de la consommation intérieure. Faut-il pour autant renvoyer les professeurs Borner et Bodmer à leurs calculs?

Une situation préoccupante

«Comment la reprise économique actuelle peut-elle être transformée en une accélération durable de la croissance?» Posée par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans sa dernière étude publiée sur la Suisse, cette question est capitale. Elle constitue le défi majeur que devra relever notre pays au cours des prochaines années. Le ralentissement prévisible de la conjoncture ne permettra plus de masquer les importantes lacunes que la Suisse doit encore combler si elle ne veut pas continuer de perdre pied dans l’économie mondialisée. Face à un Parlement qui sera une nouvelle fois déchiré entre les forces conservatrices de droite comme de gauche, la marge de manœuvre du Conseil fédéral (son élection aura lieu le 12 décembre), lui aussi divisé, sera limitée pour faire passer de nouvelles et nécessaires réformes. Or, le temps presse.

La vigueur de la conjoncture est trompeuse. Elle peut faire croire que la Suisse a retrouvé son dynamisme. Pourtant, rien n’est moins sûr. Comme l’affirme l’OCDE, «certains des facteurs à l’origine de la reprise actuelle ne devraient être que temporaires. » Au cours des prochaines années, la croissance pourrait à nouveau devenir moins forte que celle de nos voisins. Une tendance lourde qui prend ses racines dans les années 1970 déjà. Depuis lors, la Suisse enregistre une progression annuelle réelle du PIB par habitant parmi les plus faibles des pays riches: 1% seulement entre 1970 et 2000 contre 4,3% pour l’Irlande et 2% pour l’Allemagne.

Les calculs réalisés par Silvio Borner et Frank Bodmer montrent que si ce taux de croissance restait identique au cours des prochaines décennies, la Suisse passerait du 4e rang en 2000 au 21e rang en 2030 des pays les plus riches. Elle deviendrait alors plus pauvre que l’Espagne. En d’autres termes, une croissance faible sur de nombreuses années peut générer des écarts de revenus considérables sur le long terme.

Des réformes trop lentes

Une autre comparaison avec nos voisins révèle aussi la situation préoccupante de la Suisse en dépit de la bonne performance réalisée ces dernières années. Eurostat, la direction statistique de la Commission européenne, calcule un indice du PIB exprimé selon les standards de pouvoir d’achat. Le spa est une unité monétaire artificielle qui vise à éliminer les différences de niveaux de prix entre les pays. Ainsi, un spa permet d’acheter le même volume de biens et de services dans tous les pays. Or, cette méthode pénalise la Suisse car la cherté de la vie diminue le pouvoir d’achat de sa population. Entre 2000 et 2006, le PIB par habitant de la Suisse a certes progressé de 27 500 à 31 900 euros. Soit une augmentation de 16%. Mais cette hausse place notre pays en queue de classement (lire ci-contre).

Des contraintes inutilement coûteuses

Voilà pour le constat, qui est alarmant. Il faut donc agir pour redresser la barre. D’autant que le vieillissement démographique risque non seulement de peser sur la vitalité économique des entreprises, mais engendrera surtout de nouvelles dépenses. Pour tenter de doper la croissance, le Conseil fédéral a lancé en 2004 un vaste programme. Mais le rythme des réformes est lent. Seules deux des dix-sept mesures préconisées sont entrées en vigueur: l’extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux membres de l’Union européenne (UE) et la révision de la loi sur le marché intérieur. L’objectif des réformes encore à entreprendre (lire encadré) est d’accroître la productivité et de réduire le rôle de l’Etat. Même si les calculs mesurant la productivité apportent des réponses contrastées sur la compétitivité de la Suisse en comparaison internationale, les économistes parviennent néanmoins à une conclusion inquiétante. Protégé de la concurrence internationale et surréglementé, le marché intérieur reste trop peu dynamique. Son décloisonnement passe par l’adoption de nouvelles lois, plus particulièrement dans les domaines des entraves techniques au commerce (adoption du principe du Cassis de Dijon) et de la construction.

D’une part, l’harmonisation des règles avec l’UE permettrait de réduire le niveau élevé des prix en Suisse. «L’îlot de cherté suisse résulte en grande partie d’obstacles techniques au commerce qui donnent aux acteurs du marché la possibilité de fixer leurs marges comme bon leur semble», affirme une étude récente publiée par Credit Suisse. Or, le nombre de produits, dont la réglementation diffère, représente entre 10% et 20% du volume des importations entre la Suisse et ses voisins. D’autre part, les normes en vigueur dans la construction, qui diffèrent selon les cantons, entraînent des contraintes supplémentaires. Ce qui renchérit inutilement les prix.

Une classe moyenne prise en otage

Le rôle de l’Etat reste également important dans l’économie helvétique. Quand, comment et où les pouvoirs publics doivent-ils intervenir sur les marchés? Telles sont les questions fondamentales auxquelles il faut répondre. Elles se posent surtout dans les industries de réseau: électricité, télécommunication, gaz, eau, chemin de fer, poste. «Leurs performances souffrent de faibles conditions-cadres, comme le montrent la productivité et les tarifs», constate l’OCDE. Une libéralisation permettrait d’éliminer les obstacles à l’entrée des marchés. Deux exemples: dans les télécommunications, le dégroupage total de la boucle locale provoquerait une baisse des prix, alors que, dans les transports, le recours à des appels d’offres introduirait une dose de concurrence.

Ces réformes, si elles se réalisent, devraient aboutir à une hausse de la productivité qui avantagerait toutes les entreprises, y compris celles actives sur les marchés étrangers. Elles faciliteraient aussi la marge de manœuvre financière des communes, des cantons et de la Confédération et diminueraient la pression sur la répartition entre générations au moment où les difficultés liées au vieillissement démographique commencent à s’accentuer.

Une baisse des prix et une diminution de la fiscalité des personnes physiques accroîtraient le pouvoir d’achat des Helvètes. Une amélioration de la productivité offrirait la possibilité aux syndicats de revendiquer des hausses salariales régulières. Pénalisée par la hausse des primes des caisses maladie et des taxes récurrentes, la classe moyenne se sent pris en otage. De la croissance et de la productivité découle la prospérité d’un pays et de ses habitants.

Qui parle d’Europe?

Aujourd’hui, la Suisse paie encore le refus de son adhésion à l’Espace économique européen en 1992. Quinze ans plus tard, les réformes qui auraient été à l’époque nécessaires pour entrer dans le club restent encore lacunaires. De son côté, l’Autriche, qui est membre de l’UE depuis 1996, a réussi son aggiornamento. En dix ans, l’écart entre les deux pays s’est nettement réduit au profit de notre voisin. Même son agriculture profite largement de l’accès à 500 millions de consommateurs. Pendant ce temps, la Suisse perd son énergie à négocier des accords bilatéraux avec l’UE avec des résultats qui ne commencent à ne porter leurs fruits qu’au bout de plusieurs années.

En 2004, Silvio Borner et Frank Bodmer osaient la question qui dérange: si le gouvernement et le Parlement ne parvenaient pas à agir pour réformer en profondeur ce pays, l’adhésion à l’Union européenne pourrait être une solution. La Suisse importerait alors rapidement le processus de libéralisation qui a lieu au sein de l’UE. Les économistes bâlois avaient raison. Mais qui parle encore de l’Europe?

Les réformes à entreprendre

Commerce La révision de la loi sur les entraves techniques au commerce est en cours. L’adoption du principe dit du Cassis de Dijon permettrait d’har- moniser nos normes avec celles de l’UE.

ConstructionDoris Leuthardet l’organisation faîtière de la branche réclament une harmonisation des normes de construction entre les cantons, alors que Moritz Leuenberger envisage de prendre des mesures contre la «recourite» dans les marchés publics.

Industries de réseau La Suisse compte du retard par rapport à l’UE dans la libéralisation de l’électricité, des transports, des services postaux.

Fiscalité Les cantons et la Confédération peuvent renforcer les incitations à participer au marché du travail par le biais de l’imposition individuelle des contribuables.

Travail Avec la nouvelle loi sur les étrangers, la Suisse se prive de conserver et d’attirer les cerveaux. Une plus grande ouverture du marché s’avère indispensable. De même, il faut faciliter le travail des femmes en prenant diverses mesures (fiscalité, école, salaires, etc. ).

Santé La Suisse est le pays dont les dépenses de santé sont les plus importantes après les Etats-Unis. De nombreuses réformes sont nécessaires (diminuer le nombre d’hôpitaux, supprimer l’obligation de contracter, etc. ).

Réglementation Il s’agit de supprimer les règlements inutiles qui compliquent les tâches des citoyens et des entreprises.

Education Il faut entreprendre des réformes pour instaurer les horaires-blocs dans les écoles et mesu- rer l’efficacité du système éducatif.

Agriculture Un accord de libre-échange agricole entre la Suisse et l’UE entraînerait une baisse des prix de l’alimentation.