«Dans le tourisme, tout le monde se prend pour un expert»
Jeudi, août 14th, 2008Directeur d’Aquaparc depuis son rachat par la Compagnie des Alpes en 2003, le Français Eric Barberet-Girardin estime que la branche touristique suisse doit se professionnaliser et qu’elle a encore beaucoup à apprendre.#Par Cyril Jost - Bilan No.250 - 21.05.2008
En janvier 2003, Aquaparc était racheté par le leader français des domaines skiables et des parcs d’attractions, la Compagnie des Alpes (également propriétaire de 42% des remontées mécaniques de Saas Fee et de 20% de Téléverbier). Nommé directeur général par le groupe, le Français Eric Barberet-Girardin s’est alors fixé un objectif ambitieux: sortir des chiffres rouges, augmenter la fréquentation et positionner le parc situé au Bouveret (VS) comme l’un des meilleurs en Europe.
Cinq ans plus tard, le succès est au rendez-vous: la fréquentation a augmenté de 15% et le résultat brut est passé de 160′000 francs de pertes en 2002 à plus de 2 millions de bénéfice l’an dernier. De nouveaux investissements à hauteur de 6 millions ont permis de renouveler les attractions et d’améliorer la sécurité autour des bassins. La restauration, autrefois assurée par McDonald’s, est aujourd’hui gérée à l’interne, générant près d’un quart du chiffre d’affaires annuel (contre seulement 7% auparavant). Depuis l’été dernier, le complexe attenant de Rive-Bleue, situé au bord du lac, est également géré par Aquaparc.
En quelques années, Eric Barberet-Girardin est devenu une figure incontournable du paysage touristique romand. Retour sur son expérience à la tête d’Aquaparc et sur sa vision du tourisme en Suisse.
Cinq ans après votre arrivée à la tête d’Aquaparc, le retournement de situation semble assez spectaculaire.
En tout cas, la question de la pérennité d’Aquaparc ne se pose plus. Quand je suis venu en 2003, l’ambiance de travail était délétère. Trois directeurs généraux s’étaient succédé à la tête du parc en à peine quatre ans et le personnel était démotivé. Il a donc fallu tout d’abord restructurer toute l’organisation. Nous avons progressivement diminué le temps de travail tout en améliorant la productivité. En même temps, nous avons sensiblement amélioré la qualité de notre offre. L’an dernier, nous avons accueilli 30′000 visiteurs de plus par rapport à 2004.
A quoi attribuer ce succès?
La gestion d’un parc d’attractions ne s’improvise pas. Or, la Compagnie des Alpes détient un savoir-faire unique dans ce domaine. Avant notre arrivée, Aquaparc avait de la difficulté à se positionner, car il lui manquait un référent. Notre groupe est implanté dans sept pays en Europe, nous sommes donc bien placés pour apporter des connaissances basées sur une vraie expérience.
L’arrivée de grands groupes européens dans le paysage touristique suscite des inquiétudes en Suisse. N’y a-t-il pas un risque de standardisation de l’offre?
Notre philosophie ne consiste pas à standardiser, mais à nous ancrer dans la région. Cela implique notamment un travail de longue haleine avec les acteurs locaux pour améliorer l’offre et mieux exploiter les possibilités de synergie. Je dis souvent qu’en tant que groupe bénéficiant d’une longue expérience dans le tourisme à l’échelle européenne, nous avons surtout une fonction pédagogique à remplir là où nous nous implantons.
Vous voulez dire que les acteurs touristiques suisses ont encore beaucoup à apprendre?
Dans le domaine des loisirs, tout le monde se prend pour un expert. Pourtant, le tourisme est un secteur complexe, qui exige un certain degré de professionnalisme si on veut rester concurrentiel à l’échelle internationale.
Comment ce message «pédagogique» est-il perçu?
La base de la pédagogie, c’est la répétition. Il y a souvent des divergences de point de vue avec nos interlocuteurs des offices du tourisme et des remontées mécaniques. Mais je crois être désormais bien accepté par les différents acteurs de la région.
L’industrialisation du tourisme ne risque-t-elle pas de tuer la diversité, qui constitue la principale richesse du tourisme dans le pays?
L’industrialisation des outils ne signifie pas que l’on renonce à l’authenticité. Voyez Saas Fee, où la Compagnie des Alpes possède une part importante des remontées mécaniques. Avez-vous l’impression que l’on y a standardisé l’offre? Ce qui est important, c’est de continuer à investir dans les lieux touristiques en Suisse pour améliorer l’accueil et l’offre. Le défi, c’est de réussir à introduire des outils de travail industriels tout en restant proche des besoins de la clientèle.
Quelles sont les ambitions de la Compagnie des Alpes ici?
Je ne peux pas m’exprimer sur d’éventuelles futures participations du groupe. Mais une chose est sûre: la Compagnie des Alpes n’a pas la volonté de se mettre en avant en tant que marque. Ce sont les sites touristiques qui sont nos marques.
Quel regard portez-vous sur le grand nombre d’offices du tourisme dans notre pays?
Dans le cas d’Aquaparc, typiquement, il est inutile que Le Bouveret et Champéry fassent chacun leur promotion. Il faut miser sur l’image du Valais avec une offre spécifique axée sur le Chablais, en vantant la complémentarité entre la montagne et le lac. Pour vendre une région touristique, on ne peut pas dissocier les domaines skiables et le balnéaire: c’est l’ensemble qui fait le succès d’une offre.
Vos visiteurs viennent majoritairement du canton de Vaud (22%) et de Berne (14%). Que faites-vous pour attirer des visiteurs étrangers?
Depuis 2005, nous ne cessons de communiquer entre Saint-Gingolph et Annecy pour augmenter le nombre de visiteurs français, qui atteint aujourd’hui 12%. Il faut travailler à l’échelle de toute la région pour faire d’Aquaparc un lieu de référence. Mon but n’est pas de concurrencer Alpamare à Pfäffikon; mais d’attirer plus d’Espagnols et de Hollandais dans la région pour qu’ils y passent des vacances. Pour cela, il faut une offre globale cohérente, avec un choix suffisamment large d’activités.
Migros est en train de construire un centre aquatique sur la commune française de Neydens, en banlieue genevoise. Est-ce un concurrent?
Je ne vais pas m’en cacher, bien sûr qu’il le sera. Mais il y a une chose qu’on ne nous enlèvera pas ici, c’est notre emplacement. D’un côté nous avons une réserve naturelle et le Rhône; de l’autre, la montagne. En face, nous offrons un accès direct au lac avec une plage de sable fin, ce qui est assez rare pour être souligné. Puis-je vous poser une question?
Oui.
Vous êtes déjà allé à Neydens?
Non.
Depuis le parc aquatique de Migros, les visiteurs auront une splendide vue sur le parking du Macumba. B
Son parcours
Naissance En 1956 à Dijon.
Famille Marié, deux enfants.
Formation Obtient en 1980 son diplôme de génie mécanique et techniques aérospatiales à l’Institut universitaire de technologie de Toulouse et en 1996 un DESS de gestion et management stratégique à l’Université Paris-Dauphine.
Carrière Nommé en 1989 responsable de services au Parc Astérix, au nord de Paris. Il rejoint par la suite, en 1993, le parc archéologique L’Archéodrome de Bourgogne à Beaune en tant que directeur. Un poste qu’il occupe trois ans plus tard au Parc Château de Valençay, dans le Val-de-Loire. Enfin, il est appelé en 2003 à diriger Aquaparc.
Photo: Eric Barberet-Girardin Directeur d’Aquaparc au Bouveret, Valais, le 7 mai 2008 / © Sedrik Nemeth