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Credit Suisse chasse les opportunités

Mardi, août 12th, 2008

La crise financière n’est pas forcément mauvaise pour tout le monde. Le CS entend profiter de sa robustesse sur un marché déstabilisé. Son CEO Brady Dougan se dit attentif à de possibles acquisitions.#Par Jean-Raphaël Fontannaz - Bilan No.250 - 21.05.2008

La débâcle liée aux subprimes affecte l’ensemble des marchés financiers. Mais tous les établissements ne sont pas frappés de la même façon. Quand bien même il n’a pas été complètement épargné, Credit Suisse déguste avec délectation sa situation privilégiée. Après avoir, pendant des années, dû évoluer dans l’ombre écrasante de UBS, la seconde grande banque helvétique apprécie à sa juste valeur de pouvoir jouer les premiers rôles sur le devant de la scène. Son CEO, l’Américain Brady Dougan, était la semaine passée en Suisse romande pour galvaniser ses troupes.

Au cours d’un entretien avec la presse, il n’a pas caché que son établissement observait désormais avec attention toutes les opportunités d’acquisition qui pourraient se présenter sur le marché. «C’est une période de défis qui recèle de formidables chances de croissance. Des concurrents revoient leur modèle d’affaires et vont abandonner certaines activités. Outre la croissance organique que nous privilégions, nous allons considérer des acquisitions ponctuelles. Notamment dans le private banking. Surtout que les prix sont moins chers que par le passé. De notre côté, notre modèle intégré a magnifiquement confirmé sa pertinence: au premier trimestre, nos activités interdivisions ont généré 1,2 milliard de francs de revenus.»

Pour l’avenir, le patron du Credit Suisse se montre d’un optimisme mesuré: «Le récent redressement des marchés a conduit plusieurs leaders financiers à annoncer que la fin de la crise était en vue. J’espère, bien sûr, que ce sera exact. Mais j’incline tout de même à rester circonspect. Plusieurs fois, quand on a cru voir poindre le bout du tunnel, c’est un nouveau train qui nous est arrivé dessus!» En tout état de cause, il ne sera plus possible de revenir à un «business as usual». «Même si certains secteurs ont retrouvé leurs niveaux d’activité précédents, ce n’est pas le cas de tous les domaines touchés par la crise et je ne pense pas que notre industrie va retrouver prochainement les niveaux d’affaires qu’elle a connus.»

S’il peine à s’exprimer en français ou en allemand, Brady Dougan a profité de dix ans de travail au Japon pour apprendre cette langue. Où l’expression «risque» se traduit par la combinaison de deux mots: «danger» et «opportunité». Sûr que le premier est sous contrôle, le patron du Credit Suisse est désormais prêt à capter le second! Car, finalement, «à part les mauvaises nouvelles, les autres nouvelles sont bonnes», conclut-il avec une pointe d’humour plutôt britannique. B

Photo: Brady Dougan, CEO du Credit Suisse / © D.R.

Comment UBS cherche à retrouver la confiance de ses clients

Lundi, août 4th, 2008

Pénible, la situation des collaborateurs d’UBS: comment «vendre» leur banque dans la conjoncture présente. Le patron pour la Suisse romande a fait la démonstration devant un parterre d’investisseurs. Bilan y a assisté: leçon en dix commandements.#Par Jean-Raphaël Fontannaz - Bilan No.249 - 07.05.2008

En ce matin de printemps pluvieux, Manuel Leuthold, directeur de la Suisse romande chez UBS, n’a pas la partie facile. Face à lui, plus d’une centaine d’investisseurs institutionnels à qui les responsables de la grande banque entendent parler de… gestion des risques! Plutôt que de glisser comme chat sur braise sur le paradoxe, voire le cocasse de la situation, ce cadre choisit de l’embrasser à bras-le-corps. Sans papier, il tire les dix leçons de la crise qui frappe UBS. A l’évidence, l’exercice n’est pas improvisé. Et il illustre très vraisemblablement la voie choisie par la banque aux trois clés pour tenter de retrouver la confiance de sa clientèle. Exposé.

1er commandement:

Important d’être global
«La crise qui frappe aujourd’hui UBS a montré l’importance et les enjeux que recouvre le fait d’être global», assène le patron romand. Qui glisse une petite pointe à l’endroit de certains acteurs «locaux» qui ne sauraient – évidemment – être touchés par une telle débâcle née sur des marchés éloignés, aux Etats-Unis. En résumé, UBS a été frappée justement parce qu’elle n’est plus une banque régionale ou nationale, mais bien un global player. A cette petite pointe de fierté, Manuel Leuthold ne manque pas de mettre promptement un puissant bémol: «Mais cela ne justifie évidemment pas l’ampleur de la crise qui touche UBS.»

2e commandement:

Le marché américain est «étranger»
Les responsables de la banque font leur acte de contrition. La déconfiture américaine leur fait redécouvrir une certaine humilité. «Les Etats-Unis sont un marché très difficile, dont les règles nous restent souvent encore étrangères.» Et Manuel Leuthold de mettre le doigt sur une divergence fondamentale par rapport à la vieille Europe et à la prudente Helvétie: «Les rapports entre l’entreprise et ses collaborateurs sont complètement différents.» En filigrane, les auditeurs se font rappeler que la fidélité dans les relations de travail ne fait pas partie de la culture US. Et que des employés sont dès lors nettement plus enclins à prendre des risques propres à maximiser leur rémunération à court terme. Sans s’intéresser au sort de leur entreprise en cas de mauvaise stratégie.

3e commandement:

Penser l’impensable
Manuel Leuthold ne le dit pas, mais toute son expression non verbale le trahit: voguant depuis plusieurs années sur la vague du succès, UBS a cru que les vents resteraient toujours favorables. Elle s’est laissé bercer par sa réussite et cette confiance l’a endormie. «Nous devons nous habituer à penser l’impensable. Les scénarios classiques appartiennent au passé. Nous devons désormais être capables de vivre avec des cas extrêmes et considérer même les scénarios les plus stressants.»

4e commandement:

Retour à la clarté et à la simplicité
Pour une race de banquiers qui s’est souvent émerveillée devant la finesse et la technicité de ces produits dits «structurés», l’aveu est certainement difficile. Manuel Leuthold bat pourtant sa coulpe: «Nous devons revenir à plus de clarté et à plus de simplicité. Nous avons été aveuglés par des produits dont finalement plus personne ne savait quel était le sous-jacent.» Et lorsqu’il a fallu le retrouver, le réveil a été brutal.

5e commandement:

Haro sur la dictature du trimestre
Reconnaître ses fautes reste un exercice difficile et pénible. Le cadre deUBS n’échappe pas à la tentation de trouver quand même d’autres pécheurs. «La transparence est une très bonne chose – que nul ne saurait contester – mais elle comporte aussi un effet pervers. Par exemple avec l’exigence de publier des chiffres trimestriels. Où l’on donne des résultats alors que le trimestre suivant est déjà à moitié engagé et que, malgré des records battus à chaque fois, l’on déçoit quand même toujours les marchés.»

Autre revers: cette obligation comptable qui veut que l’on applique la valeur de marché à tout le portefeuille. «Que se serait-il passé, lors de la crise immobilière suisse des années 1990, si l’on avait dû amortir d’entrée de cause les 22 milliards de francs de pertes que ce crash a provoqués?»

6e commandement:

Avoir raison au bon moment
Manuel Leuthold rappelle aussi un vieux principe des gestionnaires avisés: déterminer le bon timing pour sortir d’une position. «Il faut avoir raison au bon moment. Si vous sortez trop tôt, vous passez pour timoré; trop tard, vous payez la facture.» Et le directeur romand ne peut empêcher un cri du cœur à l’adresse de son ancien patron: «Avec le recul, il est assez piquant de voir que l’on a reproché à M. Wuffli, lorsqu’il a quitté la banque, d’avoir manqué d’appétit de risque!» Une appréciation certainement non concertée avec la communication du groupe…

7e commandement:

Risque, risque, risque
Les responsables d’UBS sont bien contraints de faire leur mea culpa en matière de gestion des risques. «C’est cruel, mais on s’aperçoit après coup quelle composante de risque il y avait dans les résultats d’UBS au cours des années précédentes», concède Manuel Leuthold.

8e commandement:

Winkelried reste un mauvais rôle
En affrontant en premier la tempête médiatique, UBS n’a pas choisi un rôle facile. «Il est toujours difficile de jouer les Winkelried», admet Manuel Leuthold. Mais le patron romand d’UBS veut aussi voir dans la noirceur de cette situation une lueur brillante d’espoir: «Avoir été le premier à assainir nous permet d’espérer que nous serons aussi les premiers à sortir de la crise. Avec une base plus saine.»

9e commandement:

Panique ou sérénité
Les journées de ce début 2008 ont été rudes et pénibles pour tous les employés d’UBS. Et plus encore pour leurs cadres. Tous ont certainement pu découvrir qui étaient leurs vrais amis. «Il reste tout de même étonnant de voir comment certains cèdent à la panique. Tout le monde aurait besoin de plus de sérénité.» Si même les banquiers le disent désormais. Eux à qui la sagesse populaire reproche de prêter les parapluies par beau temps et de les retirer à la première ondée…

10e commandement:

Emotion ou raison
Manuel Leuthold voit une lourde charge émotionnelle dans les comportements générés par la crise. «Beaucoup se laissent porter par les émotions. Derrière, il y a pourtant un peu de rationnel.» Le banquier fait contre mauvaise fortune bon cœur: «La virulence de certaines attaques contre UBS montre aussi un attachement profond à la banque.» Et le directeur de faire part d’une certaine amertume dans les travées de la banque. «Il y a chez nous beaucoup d’incompréhension et de frustration. En Suisse en général et en Suisse romande aussi, nous avons réussi en 2007 le meilleur résultat de toute l’histoire de la banque! Et en même temps, des clients nous quittent (très peu). D’autres diversifient leurs avoirs. Cette phase de reflux est renforcée en multiple par la baisse des marchés boursiers», note Manuel Leuthold. Qui se réjouit de la fidélité de son personnel: «Le taux de rotation est dans la norme .»

* * *

De ses tables de lois et de leçons, Manuel Leuthold tire un évangile positif: «Nous avons quand même des raisons d’être optimistes: UBS a retrouvé une très bonne capitalisation. Elle conserve la con-fiance des marchés financiers. Les investisseurs du premier tour de table restent sur le bateau. Et quatre grandes banques internationales ont, en quelques jours, mis 15 milliards de francs à disposition.» L’établissement bancaire garde aussi une capacité importante à générer des gains. C’est peut-être le plus dur à avaler pour les braves banquiers suisses: «En 2007, hors provisions et pertes américaines, nous avons réalisé un résultat net de 15 milliards de francs. Notre gestion de fortune a fourni des résultats très solides. Sur le marché suisse, de même que romand, nous avons réussi le meilleur exercice jamais atteint.» Enfin, le véhicule séparé pour les crédits pourris est «une sage décision». Reste à déterminer son usage. En particulier: «Quel sera le taux de combustion des crédits provisionnés?» Comme Moïse, le cadre d’UBS a su promulguer avec vista et panache les dix commandements résumant les leçons tirées par sa banque. Mais cela suffira-t-il à sauver UBS des eaux?… B

Photo: Manuel Leuthold, Portes St François, Lausanne, le 28 février 2008 / © Chris Blaser/EOL

UBS: Peter Kurer détaille les grandes lignes de ses réformes

Mercredi, avril 23rd, 2008

Peter Kurer, que les actionnaires doivent élire à la présidence du conseil d’administration de l’UBS en remplacement de Marcel Ospel, a présenté mercredi les grandes lignes des réformes qu’il entend entreprendre.#
Ce juriste, dont la personnalité ne fait pas l’unanimité, a tout d’abord affirmé qu’il n’était pas là pour défendre sa candidature avant d’enchaîner sur les actions qu’il comptait mener. Selon le texte de son discours, des mesures s’imposent dans trois domaines.

En premier lieu, il convient de mieux séparer le rôle du conseil d’administration et celui de la direction, dont les liens trop étroits ont fait l’objet de vives critiques.

En deuxième lieu, les comités de l’organe de surveillance sont remaniés. La mesure passe, comme déjà annoncé, par la suppression du “chairman’s office”, qui réunit le président et les deux vice-présidents du conseil d’administration, structure à laquelle les critiques reprochent son manque d’indépendance.

Afin d’éviter qu’un nouveau désastre comme celui lié à la crise des subprimes ne se reproduise, un nouveau comité des risques est également instauré, chargé d’analyser systématiquement les portefeuilles de la banque. L’ex-directeur financier de Morgan Stanley, David Sidwell, qui est proposé comme administrateur, sera chargé de piloter ce comité.

Le comité de nomination verra ses compétences étendues, en intégrant les questions du gouvernement d’entreprise. Un comité des ressources humaines et des rémunérations sera aussi créé: il reprendra l’ensemble des tâches de l’ancien comité, mais sera aussi charger de préparer la relève.

Le troisième et dernier point porte sur l’orientation stratégique de l’UBS. Peter Kurer a répété que la banque tenait à son modèle d’affaires intégré, mais que la formule devrait être “allégée” et que la gestion de fortune restait la priorité.

L’allocation des capitaux devra mieux refléter l’équilibre entre le rendement et les risques. Pour rappel, l’UBS s’est perdue dans la course au profit dans son unité de banque d’affaires, ce qui l’a conduite à faire passer des dépréciations pour près de 40 milliards de francs.

Peter Kurer a également fait allusion à de nouveaux changements qui se préparent au sein du conseil d’administration. Réunissant des personnalités comme Sergio Marchionne, le patron de Fiat, ou Helmut Panke, patron de BMW, l’organe de surveillance manque en effet de spécialistes bancaires.

L’UBS réunira “au sein du conseil d’administration des spécialistes de la banque et de la finance en cas de vacance ces prochains mois”, a indiqué M. Kurer. (ats)

La BCV annonce un avertissement sur résultat

Vendredi, avril 18th, 2008

L’action de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) a pris une gifle vendredi à la Bourse suisse après la publication d’un avertissement sur résultat.#
A 11 h 30, elle plongeait de près de 16% à 378 fr. 50, pour tomber à ses plus bas niveaux de l’année. Au même moment, l’indice élargi Swiss Performance Index (SPI) prenait 1,64%. L’action BCV affichait ainsi la plus mauvaise performance du jour, touchant un plus bas à 366 francs (¬ – 18%) dans la matinée.
La BCV a annoncé qu’elle n’atteindrait pas ses objectifs en termes de bénéfice brut cette année, en raison d’un premier trimestre inférieur à ses attentes, incluant une perte de 37 millions de francs dans le négoce des actions suisses et leurs dérivés.
La BCV fonde son avertissement sur les chiffres provisoires du premier trimestre. Le bénéfice brut du groupe y est attendu en «nette baisse», entre 55 et 65 millions de francs, comparé à la performance record de 158 millions réalisée lors des trois premiers mois de l’an passé.
Les comptes de la maison-mère ont principalement souffert du résultat du négoce sur les actions suisses et leurs dérivés. Celui-ci présente une perte de 37 millions de francs, contre un bénéfice de 28 millions un an plus tôt. Selon la BCV, le mois de mars s’est révélé défavorable d’un point de vue boursier.
Le groupe bancaire précise toutefois que ces pertes n’ont aucun lien avec une exposition à la crise américaine du subprime. Il réaffirme être épargné par le phénomène, tout en répétant la difficulté d’émettre une prévision sur l’évolution dans les activités de négoce.
Globalement, l’avertissement constitue un mauvais signal pour les autres banques suisses de la taille de la BCV, deuxième établissement cantonal du pays.

«Une partie des élites a perdu le sens des réalités»

Vendredi, avril 11th, 2008

Professeur à la prestigieuse business school lausannoise IMD, Stéphane Garelli dissèque la crise du crédit américain et, plus généralement, la façon chaotique dont la globalisation économique progresse.#Par Stéphane Zindel

Construction puis effondrement du château de cartes des subprime, niveau des rémunérations astronomique de certains top managers, évasion fiscale à large échelle mise à jour en Allemagne: l’ordre économique libéral issu de la globalisation est-il devenu fou? Le regard de Stéphane Garelli, l’un des plus grands spécialistes mondiaux sur les questions de compétitivité. Interview.

L’été passé, vous estimiez que la crise des subprime s’apparentait à un simple rhume. Avez-vous révisé votre jugement depuis?
Non. Les montants en jeu sont certes considérables. On estime que les subprime vont entraîner quelque 400 milliards de pertes et 300 milliards supplémentaires dans le secteur du crédit en général. La crise est toutefois relativement bien circonscrite géographiquement et elle n’affecte pour l’essentiel que le secteur financier. L’économie «réelle» américaine, notamment l’informatique et l’industrie, produit toujours d’excellents résultats, grâce à la globalisation et à la faiblesse du dollar.

Certes, mais une certaine contagion semble inévitable… La croissance américaine va incontestablement pâtir des ondes négatives en provenance du secteur financier. Que les Etats-Unis finissent par entrer en récession à proprement parler est au fond assez secondaire. La vraie question, c’est celle de la vitesse du redressement. Les crises n’ont pas que des mauvais côtés. Elles permettent aussi de nettoyer les marchés. En l’espèce, mon sentiment est que l’on a affaire à une crise en «V». Le rebond sera rapide.

Cette crise marque-t-elle la fin de la suprématie économique des Etats-Unis?
D’une certaine manière, oui. Je ne parlerai pas de déclin américain, mais de l’émergence en parallèle d’autres moteurs. La nouvelle classe moyenne qui prend son essor en Asie, en Europe centrale et en Amérique latine tire l’économie mondiale à bout de bras car elle consomme. Cet état de fait va conduire à une explosion du prix des matières premières et des besoins en énergie, secteurs qui représentent donc une dimension politique et stratégique clé.

D’où l’attitude de plus en plus agressive des pays émergents sur l’échiquier économique mondial, mais aussi de leurs fonds souverains… Tout à fait. Jusqu’ici, l’économie mondiale était un petit monde clos, au sein duquel chacun se connaissait. Il s’ouvre désormais à de nouveaux acteurs aux habitudes différentes. Pendant longtemps, les Etats-Unis pouvaient dépenser ce qu’ils voulaient, leur dette était financée par des bons du Trésor dont les pays émergents étaient friands. Ces derniers ont changé de stratégie. Ils cherchent désormais à prendre des participations dans des entreprises sur tout le globe, ou carrément à les racheter.

Faut-il s’en inquiéter, en particulier au sein de la vieille Europe?
Non. Des pans entiers du monde sont enfin en train de sortir de la misère. Il faut s’en réjouir, pas essayer d’entraver leur succès. Selon un sondage Gallup récent, plus de 65% des Chinois disent vouloir travailler dur et devenir riches. Sous nos latitudes, la plupart des sondés diraient probablement plutôt qu’ils veulent travailler moins et devenir riches!

Des franges non négligeables des élites économiques mondiales semblent aujourd’hui avoir perdu le sens de l’éthique, ou du moins celui des responsabilités. Est-ce davantage qu’une impression?
Je parlerais plutôt d’une perte du sens des réalités. Le phénomène a un lien avec l’avènement de la globalisation et le gigantisme qu’elle entraîne. Les déclarations de Jérôme Kerviel (le trader indélicat de la Société Générale, ndlr) montrent à quel point, au sein des grands acteurs de la finance mondiale, on brasse aujourd’hui des milliards de façon abstraite. Les multinationales sont paradoxalement devenues plus vulnérables, leur complexité posant des défis considérables en termes de gestion interne.

Ce n’est guère rassurant…
Les Américains disent que nous sommes embarqués dans une catch-up economy. La crise des subprime est exemplaire à ce titre. Tout lemonde veut croître à tout prix et très vite dans des environnements de plus en plus ouverts et complexes, en recourant à des instruments toujours plus sophistiqués. La course aux marchés est telle que, tant que le succès est au rendez-vous, personne ne pose de questions. UBS, comme d’autres, était prisonnière de ce système. Cela dit, on est toujours plus intelligent après. Goldman Sachs s’était retirée des subprime juste avant l’éclatement de la crise. Si la crise avait été différée dans le temps, les actionnaires auraient accusé la banque de leur faire perdre des sous!

Les dizaines de millions que Marcel Ospel a accumulés en tant que chef de UBS vous semblent-ils justifiés?
Il n’y a pas de critère objectif permettant de dire à partir de quel niveau une rémunération est trop importante. Même l’entrepreneur alémanique Thomas Minder, qui est remonté contre certains excès salariaux, ne se risque pas à fixer de limite dans l’initiative populaire qu’il a déposée à Berne. Il cherche à renforcer les droits des actionnaires, ce qui me paraît juste sur le principe. Ce qui est sûr, c’est que Marcel Ospel gagnerait bien mieux sa vie en travaillant pour un hedge fund. Les top managers de multinationales ont un niveau de responsabilité énorme. Ils sont responsables de la vie de dizaines voire de centaines de milliers de gens. S’ils commettent des bêtises, les dommages peuvent être considérables.

Précisément, UBS a fait des bêtises. La connection entre rémunération et performance n’est pas évidente.
N’oublions pas que les actionnaires de UBS s’en étaientmis plein les poches ces dernières années. Par ailleurs, Marcel Ospel a renoncé à toute la partie variable de son salaire en 2007. Ce qui m’interpelle en revanche, c’est que la perte de la banque de 4 milliards sur l’année n’est due qu’à la distribution de 12,5 milliards de bonus au total. Lorsque les choses vont moins bien dans une entreprise, on devrait pouvoir l’expliquer et réduire ou supprimer les bonus. Et ce même si une bonne partie de l’entreprise a bien travaillé. Je ne vois pas pourquoi les actionnaires devraient perdre de l’argent pour financer des bonus.

Les Etats joueront-ils un rôle accru dans l’économie ces prochaines années?
Sans doute. La globalisation économique s’est déployée de façon très rapide et complexe, créant des vides juridiques, un besoin de légiférer ou de conclure des accords internationaux dans bien des domaines. Je trouve réjouissant de constater que presque tous les pays veulent entrer dans l’OMC. Et il est souhaitable que celle-ci élargisse son champ d’action, finissant par englober le commerce, les services mais aussi les investissements directs.

La globalisation accentue-t-elle les inégalités?
Oui. Les trois plus grandes fortunes mondiales se situent aujourd’hui toutes aux alentours de 50 à 60 milliards de dollars, des montants sans précédent dans l’histoire. Cela dit, quoique dans une mesure moindre, la globalisation tire tout le monde vers le haut. La proportion de la population du globe qui vit avec 1 dollar par jour est passée de 15 à 5% depuis les années 1970. B

Les banques veulent accompagner le boom de la philanthropie

Vendredi, avril 11th, 2008

Les dons n’avaient encore jamais atteint de tels sommets dans le monde. Pour répondre à une demande croissante, les établissements bancaires proposent des produits et des services dirigés vers l’entraide. Par Mary Vakaridis#
«La philanthropie, c’est comme une drogue. Plus j’en fais, plus j’en veux.» Parole de l’un de ces bienfaiteurs qui figure parmi les 34 grands donateurs interrogés par le bureau d’étudesScorpio Partnershippour le compte de sociétés de conseil spécialisées dans l’entraide (lire encadré). En moyenne, les sondés consacrent 5% de leur fortune personnelle à des œuvres d’entraide. Et la tendance est à la hausse. Exemple avec les 30 Britanniques les plus riches. En 2006, ils ont fait 3,2 milliards de francs de dons, soit trois fois plus que l’année précédente.

«Ces quatre dernières années, il y a eu une création importante de richesse dans le monde. Ceux qui en ont bénéficié sont pris d’une envie naturelle d’en redistribuer une partie», observePierre-Alain Wavre, responsable du family office chezPictet. Un service qui gère la fortune des familles qui disposent de plus de 100 millions de francs. Chez neuf de ses clients sur dix, il rencontre le désir d’intégrer un volet charitable à l’organisation du patrimoi- ne.
«Nous voyons ainsi arriver une nouvelle génération de personnes entre 40 et 50 ans, à la démarche entrepreneuriale, souligne Pierre-Alain Wavre. Ils veulent s’impliquer dans des projets et trouvent dans l’entraide une activité plus passionnante que le golf.»
Ce mouvement de phil-anthropie n’en serait qu’à ses débuts. Selon les données démographiques, le plus grand transfert intergénérationnel de richesses de l’histoire se déroulera sur ces cinquante prochaines années, avec la disparition des personnes nées dans l’immédiat après-guer- re. Près de 120 000 milliards de francs vont changer de mains d’ici à 2050, d’après une étude deCap-geminietMerrill Lynch. Une part reviendra aux héritiers, les Etats en prélèveront une tranche sous forme d’impôts et le reste sera pour les organisations caritatives.
Le donateur actuel refuse la passivité et veut pouvoir mesurer l’impact de son engagement sur le terrain. L’étude de Scorpio démontre qu’il attend une communication claire des résultats de la part des organisations bénéficiaires. Les citoyens sont aussi de plus en plus nombreux à faire le déplacement sur le lieu du projet qu’ils soutiennent. Ils souhaitent voir de leurs propres yeux ce qui a été réalisé, vérifier que l’argent n’a pas été englouti dans les frais de fonctionnement de l’organisme d’entraide ou la corruption.

De l’assistanat à partenaire
Cette tendance s’est dessinée de manière très nette après le tsunami qui a ravagé la Thaïlande en 2004. Des sommes considérables ont été levées en un minimum de temps. Mais par la suite, les bénéficiaires ont rendu des comptes sur l’utilisation des fonds.
Et le philanthrope moderne considère que son rôle n’est pas seulement de donner, mais aussi d’investir dans les économies en développement. Une façon de ne pas seulement assister les nécessiteux, mais d’en devenir partenaire. Cela a notamment été la réflexion dePierre Omidyar, qui a créé eBay en 1995. Trois ans plus tard, l’entrée en bourse de son site le rend milliardaire. Il se tourne alors avec son épouse Pam vers des activités d’entraide.
Leurs actions se concentrent d’abord sur des donations. Mais rapidement, ils ajoutent à cet aspect des engagements dans la microfinance et le soutien d’entreprises locales. Cette démarche débouche sur la création d’emplois et renforce l’économie sur le long terme.
«Le citoyen lambda se montre de plus en plus désireux de donner un sens à ses placements», constateThierry Buchs, au Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO). La section Développement du secteur privé a déjà accumulé une douzaine d’années d’expérience en microfinance et financement de PME dans les zones émergentes. Des établissements bancaires traditionnels, commeCredit Suisse Group, sollicitent maintenant ce savoir-faire pour mettre sur pied des véhicules permettant d’investir dans des pays en développement.

D’excellentes affaires à saisir
«Les clients apprécient de voir que leur argent permet de réaliser de bonnes choses», souligneBiplab Das, responsable des produits pour la clientèle privée au Credit Suisse. En 2003, la deuxième banque de Suisse s’est associée à d’autres sociétés pour fonder la société responsAbility Social Investment Services. Les investissements portent essentiellement sur la microfinance et des domaines connexes, tels que le commerce équitable ou le financement de PME.
«Cet intérêt toujours plus vif s’explique par deux phénomènes convergents. D’abord, pour l’investisseur, il est gratifiant de participer au décollage d’une région. Et surtout, il y a des affaires à faire. Bien sûr, il y a des bons et des mauvais fonds. Le risque existe. Mais en cas de réussite, le retour sur investissement peut grimper jusqu’à 20%, voire 30%», noteClaude Barras, à la SIFEM, la société qui gère le portefeuille du SECO.
«L’intérêt pour la phil- anthropie connaît une véritable explosion. Ce n’est pas seulement le cas dans les pays occidentaux, mais aussi en Amérique latine ou en Asie.» Maximilien Martindirige la sectionUBSPhilanthropy Services. Créée en 2005, elle s’adres- se à des clients qui veulent dédier au moins 10 millions de francs à des activités d’entraide.

Nul besoin d’être milliardaire
Leader mondial de la gestion de fortune privée, UBS a conçu un service de conseils stratégiques aux donateurs, souvent des familles, sur la meilleure façon d’utiliser les fonds. L’analyse intègre une vision d’ensemble de la gestion du patrimoine, souvent sur plu- sieurs générations. UBS Philanthropy Services permet aussi la création de fondations clés en main pour les activités d’entraide des clients.
Parallèlement, cette charité nouvelle formule n’est pas réservée à une élite. Surfant sur cette vague d’engouement, les banques cantonales lancent par l’intermédiaire de leur filiale spécialisée Swisscanto un fonds de placement en collaboration avec la Croix-Rouge, le Swisscanto Swiss Red Cross Charity Fund. L’investisseur et la société de fonds renoncent à 50% de leurs revenus qui sont crédités à la Croix-Rouge suisse. Le fonds exclut les sociétés actives dans le tabac, l’alcool ou l’armement.

Des fonds très rentables
«C’estMax Cottingqui a fait le lien. Il dirige la société de gestion de fortune d’Aquila Investment et il siège au conseil d’administration de la Croix-Rouge. L’organisation cherchait une manière de faciliter les dons, tandis que de notre côté, nous voulions trouver une opportunité d’apporter un tribut à la communauté», relateRoman Kappeler, porte-parole deSwisscanto.

La création de «fonds philanthropiques» découle du succès des fonds éthiques. Ces derniers réunissent au sein du groupe Raiffeisen quelque 10% des 8,5 milliards de francs sous gestion. Mieux: ils s’avèrent très rentables. Chez Swisscanto, ils surperforment fréquemment le marché avec des rendements oscillant entre 10 et 15%. Roman Kappeler commente: «Nous nous apercevons que les entreprises qui tiennent compte du développement durable sont plus efficaces et maîtrisent mieux leurs coûts.»

Une politique fiscale suisse peu incitative
«En Suisse, on ne peut pas déduire plus de 20% de son revenu imposable pour des donations. Autre restriction, il faut que les bénéficiaires en soient des sociétés à la fois suisses et d’utilité publique. Cela exclut en général le soutien au sport, à des start-up ou encore à des entreprises qui font par exemple de la recherche sur le cancer.» PourPierre-Marie Glauser, avocat fiscaliste et professeur à l’Université de Lausanne, la politique fiscale helvétique demeure peu incitative, bien que la proportion déductible du revenu ait déjà été augmentée de 10 à 20% en janvier 2006. «En outre, les institutions bénéficiaires des dons ne sont pas exonérées d’office sur les sommes reçues. Cela dépend des cas et du droit de chaque canton, ce qui rend la chose fort complexe.»
La pratique américaine se situe à l’autre extrême. Les dons sont déduits à 100%. La bienfaisance fait partie des mœurs économiques et les Américains confient volontiers à des mécènes des tâches délaissées par l’Etat. Emblèmes par excellence de la philanthropie, les deux hommes les plus riches de leur pays, Bill Gateset Warren Buffet, ont entrepris de financer eux-mêmes la politique mondiale de la santé. La Fondation Bill et Melinda Gates dépense chaque année davantage que l’Organisation mondiale de la santé. Les détracteurs de cette forme de charité regrettent que les avantages fiscaux soustraient des recettes à l’Etat et laissent à de riches individus le soin de choisir les besoins à combler.

Les Etats-Unis sont le pays où le mécénat pèse le plus lourd, avec des dons atteignant 350 milliards de francs annuels, soit 2,2% du PIB. La Grande-Bretagne suit avec 1,1% du PIB. La Suisse se situe dans la même fourchette que les Pays-Bas (0,9%) et l’Allemagne (0,7%).

Un nouveau métier: conseiller en philanthropie
A Genève, la sociétéWiseest née en 2004 dans le giron deGenilem, la pépinière d’entreprises d’Armand Lombard. Son objectif est d’aider les mécènes à s’orienter dans une jungle qui comprend plus de 1000 fondations suisses et à trouver une formule sur mesure en fonction de leurs moyens. «Le service que nous offrons répond à un réel besoin, affirme le directeurEtienne Eichenberger, fondateur, avecMaurice Machenbaum, de la société. Nous aidons les particuliers et les familles à structurer leurs donations, c’est-à-dire à définir précisément leurs buts et à gagner en efficacité.»
Wise (Wealthy Individuals Social Entrepreneurs) intervient à partir de 300 000 francs de dons consentis sur trois ans. L’entreprise est rétribuée au forfait ou à l’heure, et non à la commission, pour garantir son indépendance dans le choix des projets. En quatre ans, les sommes engagées par son intermédiaire ont quintuplé, pour atteindre 5 millions de francs.

Les quatre salariés de l’entreprise occupent un créneau encore peu peuplé en Suisse. Wise collabore avec la Fondation Mediantis, association genevoise à but non lucratif. La firme est l’un des trois commanditaires de l’étude sur les grands donateurs réalisée par Scorpio Patnership. La société avait pour partenaires le bureau britannique New Philanthropy Capital, fondé par deux anciens de Goldmann Sachs, et la Fondation Bertelsmann, en Allemagne.

Démesure dans l’industrie des hedge funds
Fils d’un mécanicien jamaïquain blanc immigré à Londres, Chris Hohnest devenu à 40 ans le premier bienfaiteur de Grande-Bretagne. En 2006, il a attribué quelque 550 millions de francs à des activités d’entraide. Ce financier fait partie d’une génération de managers que les hedge funds ont très vite rendus immensément riches. Même si son véhicule porte le doux nom de The Children’s Investment Fund (TCI), ses méthodes en affaires n’ont rien d’angélique. Le financier est célèbre pour avoir mis sous pression la banque néerlandaise ABN Amro, cherchant à lui imposer une fusion ou une dissolution afin d’en améliorer la rentabilité.
Les dons de Chris Hohn sont versés à The Children’s Investment Fund Foundation, une institution que dirige son épouse, Jamie Cooper-Hohn. A côté des donations, la fondation est aussi alimentée par le fonds TCI qui lui alloue automatiquement 1,5% sur les fonds sous gestion des investisseurs et jusqu’à 16,5% sur les bénéfices.
Etiquetés avides et sans scrupule, les managers de hedge funds de la City comme de Wall Street sont soupçonnés de vouloir redorer leur image grâce à leur générosité. Patron du fonds londonien MAN, Stanley Fink s’est excusé publiquement de ne consacrer «que» un tiers de ses revenus à des activités charitables. Le financier Rob Davis a lancé en 1998 la fondation Hedge Funds Care en faveur de l’enfance défavorisée. Il a déclaré au New York Times: «L’industrie des hedge funds est la plus philanthropique du monde. Mais elle apprécie la discrétion. Vous n’en entendrez presque jamais parler.»

SECRET BANCAIRE: la guerre s’intensifie contre la Suisse

Vendredi, avril 11th, 2008

Le Gouvernement allemand, soutenu par l’Union européenne, part en croisade. Les trois candidats à la présidence américaine ont aussi fait de la lutte contre l’évasion fiscale une priorité. Alors que la pression n’a jamais été aussi forte sur la Suisse, d’autres places financière, comme Singapour, se frottent les mains.Par Mary Vakaridis#
«Si les Etats-Unis et l’Union européenne se mettaient autour d’une table pour forcer la Suisse à abandonner le secret bancaire, ils arriveraient rapidement à leurs fins.» L’hypothèse de ce gestionnaire de fortune genevois n’a rien de farfelu, si l’on en juge par la tournure que prennent les événements. D’autant que «dans les mois qui viennent, les interventions des membres du G7 vont se multiplier», déclare un fonctionnaire international. L’évasion fiscale n’était pas une priorité pour le président américainGeorge Bush, mais c’est le cas pour les trois candidats à sa succession: Hillary Clinton, Barack ObamaetJohn McCain. En outre, face aux difficultés budgétaires, nombre d’Etats sont véritablement exaspérés par ce problème.» Comme l’Allemagne.
Le 20 février dernier, lors de la visite officielle à Berlin d’Otmar Hasler, le premier ministre du Liechtenstein, la chancelièreAngela Merkela fait une requête qu’elle pourrait également formuler à la Suisse lors de son passage, le 29 avril prochain. «L’Allemagne veut bénéficier du même traitement que les Etats-Unis. Lorsqu’un citoyen américain ouvre un compte dans la Principauté, les autorités américaines en sont informées.» Les Etats-Unis ont déjà obtenu de grandes concessions de la part de différentes places financières étrangères, dont la Suisse. Les établissements bancaires sont tenus de respecter certaines dispositions pour obtenir le statut indispensable de qualified intermediary (intermédiaire qualifié). Si un contribuable américain dépose des titres de son pays dans un coffre helvétique, la banque doit déclarer l’identité de son client au fisc des Etats-Unis.
Dans la crainte de perdre leur licence outre-Atlantique, les établissements helvétiques ont notamment accepté de se porter garants des déclarations d’impôts de clients américains. «Si les banques réalisent que quelqu’un soustrait des revenus, elles sont tenues de prélever un impôt à la source pour le compte du fisc des Etats-Unis», préciseXavier Oberson, avocat et professeur à l’Université de Genève.
«Je veux tordre le cou à l’idée que le secret bancaire a été levé face aux Etats-Unis», martèleMichel Dérobert, secrétaire général de l’Association des banquiers privés suisses. Mais dans la pratique, toujours plus de sociétés renoncent à la clientèle américaine. Les procédures sont trop lourdes et la banque prend trop de risques si elle n’est pas en règle avec Washington.
Une source diplomatique estime qu’il va encore couler beaucoup d’eau sous les ponts avant qu’Angela Merkel n’obtienne satisfaction. «Seule, l’Allemagne n’a pas le même poids que les Etats-Unis. Et les dissensions internes à l’Union européenne vont empêcher la conclusion rapide de tout accord commun aux 27.»
Les tensions s’accentuent
Mais l’étau se resserre. La semaine dernière, le président françaisNicolas Sarkozyet Angela Merkel annonçaient conjointement de nouvelles «stratégies contre les paradis fiscaux». Une agence européenne baptisée Eurofisc sera créée pour traquer les montants non déclarés.
Le lendemain, au Conseil Ecofin des ministres des Finances de l’UE, l’AllemandPeer Steinbrückexposait les lacunes de la directive sur la fiscalité de l’épargne. L’accord prescrit une taxation anonyme des fonds à la source en échange de la confidentialité.
En vigueur depuis le 1er juin 2005, le traité signé dans le cadre des Bilatérales II prévoit d’appliquer par étapes une retenue à la source de 35% d’ici à 2011. Aujourd’hui et jusqu’en juin 2008, le prélèvement est de 15% sur les intérêts des comptes épargne détenus par des Européens dans des pays tiers. Le texte fait déjà l’objet de coups de boutoir, alors que les conditions ne peuvent plus être renégociées avant 2013.
Egalement signataire, la Principauté est d’autant plus dans le collimateur que ses restitutions n’ont pas dépassé les 5 millions de francs en 2006. La contribution helvétique a, quant à elle, rapporté 536 millions de francs, dont les trois quarts sont allés à l’Union.
Pour réformer la directive, l’UE devra obtenir l’unanimité. Or, ici aussi, chacun défendra ses propres prérogatives, notamment le Luxembourg, l’Autriche et la Belgique qui feront tout pour sauver leur propre secret bancaire.
Michel Dérobert tempère: «Il ne faut pas dramatiser. Le secret bancaire helvétique a encore de beaux jours devant lui. L’agitation actuelle représente surtout pour l’Union l’occasion d’accélérer l’évolution des choses. Elle pourrait ainsi tenter d’élargir le champ d’application de l’accord sur la fiscalité de l’épargne qui pour le moment ne concerne pas les fondations basées au Liechtenstein.»
Les subtilités entre «fraude» et «évasion»
A Vaduz, les fondations fonctionnent comme des véhicules financiers exemptés d’impôt, dont les bénéficiaires restent anonymes. «Il n’existe pas de possibilités comparables en Suisse», souligne Xavier Oberson. Cependant, la Confédération est le principal marché de la Principauté. Les banques helvétiques recommandent fréquemment la fondation liechtensteinoise comme solution successorale à leurs clients.
Le secret bancaire helvétique repose sur la distinction subtile entre «fraude» et «évasion». La Suisse accorde l’entraide judiciaire aux pays tiers dans les cas de fraude fiscale, définie ainsi lorsqu’il y a escroquerie et falsification de documents. C’est alors du ressort pénal.
Mais comme l’évasion fiscale, ou la soustraction, n’est «que» l’oubli de déclarer des biens, elle ne donne pas droit à la levée de l’anonymat. «Les progrès des échanges d’informations dans ce contexte restent insuffisants», sanctionnePascal Saint-Amans, le responsable pour la concurrence fiscale à l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique).
L’émergence de nouveaux centres
Des nouvelles places financières comme Dubaï ou Macao ne peuvent que se réjouir des tracasseries que subissent les places européennes. «Contrairement à Hong-kong, Singapour n’a jamais reconnu la légitimité des standards de l’OCDE», poursuit Pascal Saint-Amans. Il va sans dire que Singapour n’a pas davantage de comptes à rendre à l’UE.
Thomas Sutter, porte-parole de l’Association suisse des banquiers, se montre imperturbable: «La Suisse demeure une des meilleures places du monde pour la banque privée. Nous ne constatons aucun exode de fonds.» Reste que, sur le terrain, les établissements helvétiques assurent leurs arrières. En quelques années, leurs effectifs basés à Singapour ont augmenté de manière spectaculaire. Toutes divisions confondues, le Credit Suisse Group y a 4000 collaborateurs. UBS y compte 2000 employés, tandis que Julius Baer y occupe 200 personnes, sur un total de 3800 collaborateurs en Suisse et dans le monde.
On serait tenté de voir un passage de témoin dans la recapitalisation de UBS à hauteur de 11 milliards de francs par le fonds souverain du Gouvernement de Singapour GIC… Un acteur émergent, qui met ainsi la main sur 9% du capital d’un fleuron de la finance, leader mondial de la gestion de fortune.

Ospel quitte, UBS doit être à nouveau recapitalisée

Mardi, avril 1st, 2008

La première banque suisse, UBS, a annoncé mardi qu’elle allait lancer une deuxième augmentation de capital pour se renflouer, après une nouvelle dépréciation de 19 milliards de dollars ayant entraîné une perte pour le groupe une perte estimée à 12 milliards de francs suisses (7,6 milliards d’euros) au premier trimestre.#
La troisième banque européenne dépasse ainsi sur les seuls trois premiers mois de l’exercice les 18,4 milliards de dollars de dépréciations dans les crédits hypothécaires américains à risques qu’elle avait enregistrés en 2007.

Avec cette annonce, UBS devient l’établissement financier le plus touché par la crise des “subprime”, devant les américains Citigroup (21,1 milliards de dollars de dépréciations en 2007) et Merrill Lynch (19,4 milliards).

Le président Marcel Ospel, qui avait longtemps claironné “faire partie de la solution”, ne briguera pas de nouveau mandat lors de l’assemblée générale du 23 avril.

Le conseil d’administration proposera l’élection de Peter Kurer au poste de président du groupe. M. Kurer a rejoint la banque helvétique en 2001 comme “Group General Counsel”.

“J’ai toujours affirmé assumer la responsabilité en dernier ressort quant à la situation de la banque (…) je pense avoir apporté toutes les contributions nécessaires”, a indiqué M. Ospel.

“Les pressions sont montées de toutes parts pour que je démissionne, mais c’était ma décision”, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse téléphonique, ajoutant avoir commencé à penser à cette solution il y a “deux à quatre semaines”.

Pour sauvegarder son niveau de capitaux propres, UBS doit de nouveau lancer une augmentation de capital d’environ 15 milliards de francs suisses (9,5 milliards d’euros), après celle de 13 milliards souscrite auprès du fonds souverain singapourien GIC et d’un autre investisseur anonyme du Moyen-Orient.

Contrairement à la première opération de renflouement qui avait suscité la colère des petits porteurs, cette recapitalisation passera par l’attribution de droits de souscription aux actionnaires, le prix devant être communiqué à une date ultérieure.

L’augmentation de capital “a été intégralement souscrite” par quatre grandes banques, les américaines JPMorgan, Morgan Stanley et Goldman Sachs, ainsi que la française BNP Paribas, à charge pour elles de revendre les actions par la suite.

Parmi les autres mesures annoncées, UBS va créer une division spéciale qui va concentrer certains investissements dans le marché hypothécaire américain.

“Nous espérons que cette augmentation de capital et la création d’un véhicule pour séparer des actifs à problèmes du reste de notre activité nous permettra de retourner vers une création de valeur durable”, a estimé le directeur général Marcel Rohner, cité dans le communiqué.

“Ces mesures permettront à UBS de rester fortement capitalisé”, a-t-il ajouté.

“L’environnement demeure difficile et même si nous nous sommes engagés à encore réduire fortement notre exposition, nous ne voulons pas vendre des positions à des niveaux extrêmement faibles”, a souligné M. Rohner.

Pour le premier trimestre, le groupe table sur un bénéfice net d’environ 2,1 milliards de francs suisses pour son activité de gestion de fortune et de 0,3 milliard pour la gestion d’actifs.

Mais la banque d’investissement, déjà responsable de la perte annuelle de 4,4 milliards subie en 2007, va terminer les trois premiers mois avec une perte de 18 milliards.

Selon le communiqué, l’exposition de la banque aux crédits dits “subprime” a été réduite de 27,6 milliards de dollars à 15 milliards et dans les crédits “Alt-A” (de bonne qualité) à 16 milliards, contre 26,6 milliards précédemment