Posts Tagged ‘Achats’

L’art chinois enfièvre les enchères

Jeudi, mars 13th, 2008

Engouement: le mot est faible. Lors des enchères d’art contemporain qui se sont déroulées à Londres en octobre, le tableau Execution (1995) de l’artiste chinois, Yue Minjun a été cédé par la sociétéSotheby’spour près de 7 millions de francs.#
Un montant qui outrepasse de presque un demi-million le prix consenti pour le seul Rothko mis en vente à cette occasion.

Toujours à Londres, le triptyque Xiehe Hospital Series (1992) signé Zeng Fanzhi a été vendu parPhilips de Pury Companypour 6,7 millions de francs. Mis aux enchères par la même société, qui démontre ainsi son grand flair, Mao AO (1988) de Wang Guangyi est parti pour près de 5 millions.

Selon la société de conseilArtprice, les prix pour les artistes chinois ont bondi de 440% en cinq ans, tandis que l’art contemporain dans son ensemble, lui-même déjà très en forme, enregistre une progression deux fois moins forte. De nombreux observateurs trouvent la hauteur des sommes payées pour tout ce qui provient de l’Empire du Milieu tout à fait disproportionnée.

Alors, est-on en présence d’une bulle spéculative? «Nous n’avons pas encore atteint le sommet de la vague», estime quant à luiUli Sigg. L’ambassadeur de Suisse en Chine entre 1995 et 1998 se profile comme l’interlocuteur incontournable en matière d’art contemporain chinois (lire encadré). «Sur l’ensemble des œuvres qui se vendent, il y en a qui sont de très bonne qualité. En outre, en tant que prochaine première puissance mondiale en train d’émerger, la Chine fascine. Et puis, pour le public qui voit la même chose dans tous les musées, les Chinois amènent quelque chose de frais. » Mais le Lucernois prévient: «Actuellement, le moins bon comme le meilleur augmente. Il y aura inévitablement des corrections sur les travaux médiocres. Mais en ce qui concerne les meilleurs artistes, il subsiste une marge de progression. Aucun peintre chinois n’a encore atteint, par exemple, le niveau de prix du meilleur artiste allemand, Gerhard Richter. »

Selon l’expert, dessiner aujourd’hui des Mao, des jeunes filles de l’Armée rouge ou des sigles Coca-Cola ne présente pas grande valeur artistique. Le but n’est plus que de répondre aux attentes des Occidentaux. En revanche, lorsque Wang Guangyi peignait les motifs Mao dans les années 1980 et début 1990, il s’agissait d’avant-garde.

Un formidable effet d’accélération

«Dans les années 1990, je me suis aperçu en Chine que les œuvres d’art contemporaines n’étaient conservées nulle part. Tout un pan de la culture allait disparaître. C’était comme si à Paris, on ne pouvait pas trouver d’impressionnistes. » Uli Sigg a alors cherché à collectionner cette période, en sélectionnant des travaux qui s’inscrivent dans la transition du réalisme socialiste vers l’art contemporain, jusqu’à des œuvres d’aujourd’hui.

En 2005, le Kunstmuseum de Berne expose une partie de sa collection dans le cadre de l’exposition Mahjong, ce qui suscite un intérêt mondial. Uli Sigg est invité jusqu’à New York pour donner des conférences. L’événement produit une accélération formidable dans l’expansion de l’art contemporain chinois. Aujourd’hui, l’envolée des prix a conduit le collectionneur à réorienter sa stratégie. Il suit en priorité de très jeunes créateurs et coproduit des œuvres avec des créateurs confirmés.

Quels seraient les artistes à suivre? Uli Sigg sourit: «Je suis davantage connu en Chine qu’en Suisse. Là-bas, j’ai rencontré personnellement plus d’un millier d’artistes. Si je citais un nom plutôt qu’un autre, je risquerais de froisser des gens. »

Un journaliste devenu ambassadeur

Uli Sigg a réuni 1600 œuvres de plus de 200 artistes chinois contemporains: cette collection est unique au monde. Une partie de ces travaux illuminent le château du XVIIe siècle situé sur la presqu’île du Mauensee (LU), où le sexagénaire vit avec son épouse. On doit à l’ancien ambassadeur de Suisse les premières incursions de la Chine dans le monde occidental de l’art.

En 1996, alors qu’il était en poste à Pékin, il a créé le Contemporary Chinese Art Award, le premier prix d’art contemporain dans le pays. Pour constituer le jury, il sollicite des personnalités internationales, dont le regretté Harald Szeemann, commissaire de la Biennale de Venise. Impressionné par ce qu’il découvre, ce dernier invite 19 artistes chinois à l’édition de 1999 dans la Cité des Doges.

Docteur en droit, Uli Sigg a commencé sa carrière professionnelle comme journaliste au sein du groupe Ringier. Il entre ensuite au service du fabricant d’ascenseurs Schindler. En poste à Pékin, il gagne une renommée internationale en signant en 1980 pour Schindler la première joint-venture entre une entreprise chinoise – le pays est alors complètement fermé – et une société étrangère. Il apprend le mandarin. En 1995, le Conseil fédéral le nomme ambassadeur de Suisse en République populaire de Chine.

Depuis son retour dans le canton de Lucerne, en 1998, il continue de se rendre environ huit fois par an en Chine. Vice-président du conseil d’administration de Ringier et membre du conseil d’administration de Ciba, il est aussi conseiller auprès de la China Development Bank et de la Tate Modern Gallery à Londres. Eclaireur pour le compte des architectes Herzog et de Meuron qui ont dessiné le stade olympique de Pékin pour les Jeux de 2008, il vient d’être désigné comme commissaire général du pavillon suisse de l’Exposition universelle de Shanghai de 2010.

Comment bien faire ses courses au rayon frais

Jeudi, mars 13th, 2008

Lorsque les gens avaient un pied à l’usine, ils avaient l’autre au potager.#
Depuis, ils ont oublié le goût de la terre, son rythme et ses exigences, et le seul lien avec ses fruits se tisse au rayon primeurs des supermarchés. Sur ces étals aseptisés, tout pousse en tout temps, dirait-on, n’étaient-ce ces prix qui varient autant que les cours boursiers. Comparable? Presque.

1 Quel est le prix le plus avantageux selon les saisons?

Impossible de le dire. Cela dépend de la météo et des coûts liés à la production. Explications d’Olivier Potterat, responsable de l’approvisionnement àMigrosVaud: «Sur ce marché, le jeu de l’offre et de la demande fonctionne en permanence. On achète tous les jours et les prix réagissent très vite, à la moindre fluctuation climatique. Si, par exemple, juin et juillet sont froids et qu’une grosse chaleur suive en août, les tomates seront toutes mûres en même temps, avec pour conséquence une baisse des prix. Autre impondérable: comme les producteurs ne font pas de planification commune, il arrive qu’ils cultivent en masse le même légume au même moment, d’où un prix à la baisse. Conclusion: il est impossible d’anticiper le prix. » La seule chose que l’on puisse affirmer, avec des pincettes toutefois eu égard aux caprices du ciel et aux humeurs des maraîchers: en pleine saison, les prix devraient être plus attractifs qu’en début de saison où le chauffage de la serre a été répercuté sur le prix, ou hors saison lorsque le légume est stocké au frigo (comme la carotte actuellement).

2 Faut-il consommer saisonnier?

Oui. C’est la seule manière de manger des produits goûteux et qui n’auront pas fait dix fois le tour de la planète avant d’arriver dans votre assiette. Pour ce faire, on ne se prive même pas puisque la plupart des légumes poussent en Suisse presque toute l’année, grâce aux serres et aux tunnels. Si toutefois l’envie est au hors-saison, il faut savoir que le fruit aura été récolté vert, qu’il aura beaucoup voyagé puis fréquenté des chambres de maturation avant de pavaner sur les étals. Même si la fraise est rouge et parfumée, elle sera fade et farineuse.

3 Le marché est-il plus onéreux que la grande surface?

Non, c’est une impression entretenue par les «actions» des magasins. S’ils sont très incitatifs, ces prix d’appel allègent toutefois assez peu la facture. Les prix au marché sont non seulement compétitifs, mais il arrive qu’ils soient meilleur marché car les frais d’emballage et certains intermédiaires sont supprimés.

4 Au marché, les primeurs viennent-ils du potager du vendeur?

En général non. La plupart des vendeurs des marchés sont des intermédiaires grossistes qui se fournissent chez le même producteur qui vend aussi àCoopet à Migros. La tomate du marché est donc la même que celle de la grande surface. Sauf chez ceux, assez rares, qui affichent du «maison». On les reconnaît à une production peu variée et à des légumes aux formes et aux couleurs moins standards.

5 Comment être sûr de consommer local?

En achetant directement à la ferme, ou dans une épicerie attenante à la terre d’un producteur qui s’initie à la vente directe: «On s’est lancés parce que les gens recherchent cette authenticité, expliqueBernard Blondin, gros producteur genevois qui a ouvert, à Perly, le Marché des Mattines. C’est une manière de revenir à une relation producteur- consommateur plus saine. » Certains jouent encore davantage sur le retour aux sources, à travers la vente contractuelle, commeDenis et Samuel Pache ,à Romanel-sur-Lausanne, qui proposent un abonnement légumes: «Les gens s’engagent à acheter dix ou vingt paniers à 18 ou 28 francs l’unité, et ils leur sont livrés chaque semaine. Mais attention, le choix n’est pas possible, il est déterminé par notre production, explique Samuel Pache. Au gros de l’hiver, nous proposons des fruits du Cameroun issus de la coopérative de commerce équitable TerreEspoir. »

Pour les clients les plus jusqu’auboutistes, des coopératives maraîchères proposent de mettre la main à la terre, comme le Jardin potager deGilles Roch,à Ballens: «Des citadins m’ont approché à cause de la prise de conscience écologiste et celle de la souveraineté alimentaire, voulant s’assurer de la provenance de leurs légumes. Nos bientôt 300 membres ont payé une part sociale de 200 francs et ils achètent pour 1250 ou 850 francs leurs paniers annuels. » Et pour que l’expérience soit aussi authentique que possible, le contrat contient aussi la clause de la sueur: «Les membres s’engagent à travailler entre un jour et demi et quatre jours par an aux champs ou à la mise en panier. » Une formule qui n’est plus réservée aux soixante-huitards précurseurs de la vague bio. Comme les Jardins de Cocagne, coopérative genevoise constituée il y a une vingtaine d’années et forte de 400 ménages qui s’acquittent de leurs légumes hebdomadaires en fonction de leurs salaires, tout en s’essayant, deux jours par an, à la binette. Depuis, bien d’au-tres associations ont fleuri en Suisse romande, en réaction aux emplettes sans âme et sous cellophane.

6 Consommer des primeurs étrangers est-il synonyme de coûts environnementaux élevés?

Oui. Il faut 0,1 litre de pétrole pour un kilo de légumes cultivés dans la région, 0,14 litre pour un légume cultivé dans le pays, 0,2 litre pour un légume européen, 0,25 litre s’il est venu dans votre assiette par bateau et 4,8 litres par avion! Le cas de l’asperge est édifiant: acheter en février une asperge du Mexique revient à brûler seize fois plus de carburant que pour des asperges suisses en mai. Sans compter qu’avec un prix de la botte moitié moins cher que la locale, on se fait une bonne idée des conditions de travail sur les plantations mexicaines. Idem pour la fraise: il n’est plus permis d’ignorer qu’Almeria, en Andalousie, pratique une forme moderne d’esclavage.

L’entrée en vigueur de Redevance fédérale sur le trafic des poids lourds liée aux prestations (RPLP) a aussi encouragé la production locale: «Zurich s’est mis à faire des salades iceberg plutôt que d’acheter celles de la plaine du Rhône, expliqueRoland Leimgruber, directeur de l’Office central vaudois de la culture maraîchère. Mê- me si cela a été un désastre pour les producteurs vaudois qui ont vu leur chiffre d’affaires chuter de moitié, cela paraît bon pour l’écologie. A première vue seulement. Car un trajet Almeria-Genève coûte moins cher qu’un trajet Genève-Zurich, à cause de la RPLP et du salaire du chauffeur poids lourds. Ce qui pousse Zurich, lorsque sa production locale n’est pas satisfaisante, à faire venir ses icebergs d’Andalousie!»

7 Une tomate hors-sol est-elle moins goûteuse qu’une pleine terre?

Non. Le goût est plutôt le fait de la variété plutôt que de la manière dont elle est produite. Si, autrefois, le fruit hors-sol provoquait la méfiance, le consommateur sait, aujourd’hui, qu’il reçoit les mêmes sels minéraux par le goutte-à-goutte que dans la terre.

8 En magasins, les légumes en action sont-ils de moins bonne qualité?

Non. Soit les actions sont planifiées des mois à l’avance, soit elles résultent du fait que, soudain, tel légume arrive à maturité en même temps chez beaucoup les producteurs. «Mais il arrive que l’on doive renoncer à une action planifiée car la météo n’était pas au rendez-vous», explique Olivier Potterat. Si la baisse de prix est répercutée également entre distributeur et producteur, Roland Leimgruber estime pourtant que «le sacrifice est bien plus important pour le producteur en valeur relative».

9 La production étrangère étrangle-t-elle la production suisse?

Non. La Suisse dispose d’une réglementation à l’importation chargée d’assurer l’approvisionnement du marché helvétique. A grands traits: nos frontières sont fermées jusqu’à ce que la production locale soit écoulée. Si la Suisse ne produit pas suffisamment, on ouvre le marché à des contingents exempts de taxes. Ce qui oblige l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) à comptabiliser, chaque semaine, les tonnes de choux-fleurs ou autres raves issus de nos champs!

10 Le prix du pain et du lait augmente. Et les primeurs?

Impossible de le dire puisque les primeurs fluctuent selon l’offre et la demande, alors que le prix du lait, lui, est fixé par la Confédération. Depuis qu’elle examine la possibilité d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne pour les produits agricoles, les avis sont partagés. D’après Berne, il en résulterait davantage de compétitivité de l’industrie alimentaire, donc une bais- se générale des prix de l’alimentation de 25%. A l’opposé, le directeur de l’Office central vaudois de la culture maraîchère estime que «la disparition de nombreux maraîchers entraînera une hausse des importations. Et comme les prix mondiaux grimpent, les nôtres suivront. » Pour Olivier Potterat, «un accord de libre-échange sans protectionnisme nous rendrait plus tributaires du marché européen, dont on ne sait pas ce qu’il sera à l’horizon 2009. Imaginons que la Chine veuille soudain des pommes européennes, et les prix augmenteraient. Cela dépendra aussi du cours de l’euro. Mais actuellement, l’écart entre la Suisse et la France s’amenuise. »

La seule chose qui soit sûre, c’est que l’alimentation ne représente que 7,8% du panier de la ménagère, contre 15% en France et en Allemagne. Ce n’est donc pas en luttant sur ce facteur-là que les Suisses sentiront la différence.